Interview : TTC [Académie Hip Hop, septembre 2000]

Lundi 11 septembre 2000.
TTC (Teki Latex, Tido Beretta, Cuizinier) & Flash Gordon.

TTC & Flash GordonÇa faisait un moment que Niamor et moi discutions du fait d’interviewer TTC… Un gars rencontré sur ICQ devait nous brancher avec Tekila… mais plus de nouvelles depuis des semaines.
Niamor avait laissé un mot sur le forum de Flash Gordon et le lendemain, surprise : un mot de Teki sur le nôtre !
On discute par forums interposés puis par mail de la possibilité de les interviewer en direct, pas par mail. Teki me lâche son téléphone et je l’appelle le dimanche : l’interview se fera le lendemain dans le studio de République (Paris) dans lequel ils mixent un titre de leur futur album… A 14h (à l’heure au rendez-vous), Teki et Cuizi nous accueillent. Après un crochet par le Mc Do pour nourrir leur concepteur musical Flash Gordon, les deux cousins nous conduisent au studio où on retrouve Flash, Tido et un ingénieur du son. Ils nous font écouter leur dernier morceau qui figurera sur leur premier album… Après cette écoute (franchement on a kiffé « l’aventure intérieure »), on passe aux choses sérieuses…

PRESENTATION DU GROUPE.


Avez-vous évolué dans d’autres formations auparavant ?

TIDO : Au départ, on était juste Tekila et moi et on s’appelait « Opération Coup de Poing »… C’était y a environ 5 ans.
TEKI : Ouais en 1995, on était juste Tido et moi.

Et Cuizi, tu es arrivé quand ?
TIDO : Quand il a commencé à se droguer (rires).
CUIZI : Je sais plus quand est-ce que j’ai intégré le groupe mais je l’ai intégré 3 ou 4 mois après que j‘ai commencé à rapper.

Comment vous êtes-vous mis au rap ?
TEKI : Je me suis mis au rap parce qu’avant j’écrivais des poésies à l’école pour faire rigoler mes potes (rires). Le pire c’est que c’est vrai ! Après on avait un groupe tout pourri genre « groupe du dimanche après-midi ». On faisait des reprises et c’était tout naze ! Un jour on a fait un concert et y avait un gars de mon bahut qui connaissait Tido…
TIDO : Ouais moi j’faisais « pfff » (rires). Moi aussi j’étais dans un autre groupe tout pourri.
TEKI : C’était un groupe de reggae tout chelou… On faisait des reprises toutes chelous de rap américain… C’était pas des reprises… C’était chelou (rires). On s’en battait les couilles en fait (rires). Donc on a fait un concert un jour et Tido s’est ramené et il s’est foutu de notre gueule. Moi j’étais vénèr’ : ça m’a motivé !
TIDO : Je me suis pas foutu de ta gueule… Ils étaient 4 et y en avait 3 qu’il fallait jeter !
TEKI : Après il est tombé sur une cassette à moi qui traînait chez un pote à lui. Il a kiffé, on s’est revu, on a commencé à travailler sur un morceau pour une compile qui n’est jamais sortie… C’était un morceau sur les flics tout pourri (rires). Ça voulait rien dire (rires). On a fait ce morceau et puis finalement on est resté ensemble.Cuizi, c’est mon cousin. Il s’est retrouvé à traîner avec nous…
CUIZI : Si je me suis mis au rap c’est parce que Tekila en faisait aussi certainement. Moi, j’écoutais du rap depuis un moment et ça m’a grave motivé.
TEKI : On a commencé à se voir vachement souvent, il venait nous voir en concert, quand on passait à la radio sur 106.3. A cette époque on était avec un gars qui nous faisait des sons, qui faisait de la New Jack… c’était assez pourri (rires). Son home studio était à Bastille donc on se retrouvait hyper souvent là bas et un jour on est passé au magasin « ? Station ». Y avait un DJ qui travaillait là bas au magasin et on lui a demandé s’il faisait des sons et si ça l’intéresserait de travailler avec nous parce qu’on en avait marre du gars qui nous faisait des sons. Le gars en faisait pas mais son frère c’était DJ Proze qui avait déjà travaillé avec les Resk-P. C’est là qu’on a rencontré La Caution et une meuf qui s’appelait Angela qui faisait de la New Jack…
CUIZI : Ouais mais bon ça on s’en bat un peu ! T’attarde pas là-dessus… Parce que là, il explique vraiment tout le cheminement (rires).
TEKI : A l’époque de « Ghetto Circus » (morceau paru sur la compile « Vague Nocturne », projet initié par 106.3 où posaient TTC, La Caution, Les Reptiles – NDA), on formait un énorme collectif et Cuizi était en solo, il faisait ses armes. Après chacun est parti de son côté, il est venu avec nous, on a vu que ça faisait TTC, que c’était marrant…

Vous avez grandi dans quelle influence musicale ? Vous êtes de ceux qui disent avoir grandi dans la soul, la funk etc… ?
FLASH GORDON : Mais oui bien sur, en France tu as grandi dans la soul (rires)… Parle-moi de la soul golio (rires) !
TEKI : Moi j’écoutais Abba quand j’étais petit, des trucs genre Desireless, A-Ha, Madonna, Michael Jackson…
TIDO : Moi j’étais à fond dans le Jackon 5 ! Comme je suis Guyanais, j’ai fais la navette entre la Guyane et Paris donc j’écoutais aussi du zouk, du ragga, du reggae, de la salsa. Quand je suis arrivé en France, c’était Jacksons à fond !!
CUIZI : Ouais Madonna des trucs comme ça…
TEKI : On avait une culture complètement radio parce que, faut pas se mentir, moi mes parents ils font pas de musique…
TIDO : Moi mon père, il achetait grave des skeuds !
CUIZI : Moi je pense pas avoir eu une culture musique avant d’avoir écouté du rap.
TEKI & CUIZI : Le premier disque qu’on ait acheté vraiment nous-mêmes c’était du rap… c’était Cypress Hill et les trucs du début des années 90. C’est plutôt maintenant qu’on s’intéresse à des trucs comme la soul…
TEKI : Chaque personne est la somme de ses influences.
FLASH GORDON : Tu crées sur la base de quelque chose même si t’as jamais écouté de musique, t’as des influences culturelles, familiales qui transpirent dans ta musique, dans tes paroles.
TEKI : C’est beau c’que tu dis Flash ! (rires)

Vous avez quel age ?
TIDO : Moyenne d’âge… 23 ans.
TEKI : Vas y j’ai 21 ans moi !
TIDO : T’as 21 ? T’es un branleur (rires). Moi j’ai 26 ans.
CUIZI : Moi j’ai 20 ans.

Teki t’as commencé tôt !
TEKI : Ouais c’est clair… mais comme je faisais n’importe quoi ça compte pas (rires). C’était autre chose… C’était différent (rires) !!

Vous commencez à faire des sons ?
TIDO : Ouais je commence (pour avoir écouté ce qu’il fait, c’est un bon début… lâche pas l’affaire !! NDA)

Mais vous avez des concepteurs privilégiés ?
TIDO : Ouais, Flash, DJ Fab et Nikk Furie aussi…
TEKI : Tous les trois, ils forment un crew qui s’appelle [ChO2]ozone (prononcer chromozome) et c’est à eux qu’on fait appelle en particulier, surtout à Flash… Après on est ouverts : y a Tido qui commence à faire des sons, on a beaucoup bossé avec James Delleck sur la mix tape (« L’antre de la folie » NDA) et on sera amené à beaucoup bosser avec lui dans le futur, et aussi avec des mecs d’Angleterre comme DJ Vadim qui est intéressé pour faire des sons pour des projets à lui et pour des projets à nous.

Pouvez-vous nous parler de Kerozen, nous expliquer un peu ce que c’est ?
TEKI : Le mieux ça serait de poser la question aux gens de Kerozen.
CUIZI : C’est une structure qui a été montée pour amener au grand public l’Armée des 12 Singes.
TEKI : C’est le management de l’Armée des 12…

Pour ceux qui ne savent pas, qu’est-ce que l’Armée des 12 ?
TEKI : L’armée des 12, c’est la Caution et TTC.
CUIZI : C’est quand on a commencé le rap, le grand collectif, ils en faisaient partie, « Ghetto Circus » tout ça… Après on s’est un peu laissés et comme c’est des gens qui sont un peu dans notre délire, bah autant se mettre ensemble.
TEKI : On a la même vision de la musique, on traîne vachement ensemble, on a une vision commune des choses et donc on a beaucoup l’habitude de travailler ensemble. C’est vraiment un groupe à part entière.

Et les Cautionneurs dans l’histoire ?
TEKI : Si tu veux à l’époque la Caution, ils étaient à 4, 5, 6 tu vois et y en a qui ont depuis arrêté plus ou moins le rap ou qui ont eu des périodes où ils en ont plus fait et qui en refont maintenant… Dans les Cautionneurs, je vais pas parler pour eux mais y a Saphir, 16S64 (qui était sur « Ghetto Circus » sous le nom Caméra), y a Izno (rappeur de 13 ans présent sur le 2ème volet de l’Avant Garde sorti chez Assassins Productions). C’est des collectifs qui gravitent autour de nous quoi.

TTC ET LE HIP HOP.

Est-ce que vous touchez autres disciplines du Hip Hop (break, graff / tag, Djing…) ?
TIDO : Je dansais un peu avant…
TEKI : Faut le voir dans les soirées ! Il se lâche ! (rires)

C’était plutôt quel style de danse : break, smurf, poppin’ ?
TIDO : Plutôt break… mais bon j’étais plus dans le rap que dans la danse.

Et pour ce qui est du graff ou du tag ? D’ailleurs, y a un crew parisien qui s’appelle TTC… Ils ont un rapport avec vous ?
TIDO : Ouais j’ai vu… mais c’est pas nous… on les connaît pas.
TEKI : Sinon on a tous fait à un moment ou à un autre un peu de tag… Mais bon, ça serait tellement prétentieux de dire qu’on est graffeurs…
CUIZI : On se prétend pas graffeurs mais quand tu as une feuille et un papier, tu fais un tag sur ton cahier de textes (rires).
TEKI : C’est de l’amateurisme.
CUIZI : Mais de là à dire qu’on fait du graff… non.
TEKI : Ca serait s’inventer une vie.
TIDO : Je fais pas de plan pour faire des trucs de ouf après sur un mur.
CUIZI : Mais par contre on peut dire qu’on fait du rap… On peut dire qu’on fait un truc (rires).

Pour vous, l’esprit Hip Hop c’est quoi ?
TEKI : Putain c’est vachement difficile à expliquer…
TIDO : C’est pute… (rires).

L’esprit Hip Hop comme il devrait être… comment vous concevez ça ?
TEKI : L’esprit Hip Hop comme il devrait être… je sais qu’à la base, depuis toujours, ce que j’ai retenu du Hip Hop, de la façon dont ça fonctionnait, c’est que tu peux à peu près faire ce que tu veux à partir du moment où tu restes toi-même. L’important c’est d’avoir : originalité, qualité, c’est-à-dire les « skills », la technique, être capable de faire mieux que les autres, une créativité… et surtout : NE PAS COPIER. Surtout ça et essayer de se renouveler, de repousser les limites à chaque fois un petit peu plus loin, tout en restant dans une optique Hip Hop mais à la limite, c’est quelque chose qui s’explique pas. C’est quelque chose que tu as en toi. Si toi tu es Hip Hop, quoique tu fasses, ça sera Hip Hop.
FLASH : OUAAAAAAAIIIIIIIIIIIS !! (rires)
TEKI : Quand tu vas faire un cassoulet, tu vas faire un cassoulet Hip Hop. Quand tu vas faire un morceau, même s’il y a des influences de n’importe quoi, ça sera toujours dans l’approche parce que c’est la personne qui est Hip Hop. Au bout des années, au bout des galères que tu as eu, au bout des concerts que tu as fait, où tu t’es pris des claques (rires), au bout des expériences de studio que tu as eu et des concerts qui se sont bien passés… C’est ça qui fait que… Moi je sais pas si je suis Hip Hop ou pas mais…

Par rapport à l’idée de base qui était « Peace, Unity, Having Fun »… Je sais que c’est complètement utopique mais…
TEKI : Quelque part, c’est quelque chose qui évolue. Y a des groupes comme NWA qui étaient pas du tout « Peace, Unity, Having Fun » ni rien qui ont eu une putain d’influence sur le Hip Hop tu vois. Ils faisaient leur propre truc et ça a influencé des mecs… KRS-ONE sur son premier album, il posait avec des guns et pourtant personne ne peut remettre en question la crédibilité de ce mec là. Quelque part, le Hip Hop c’est un produit qui vient d’un certain environnement… bah si ton environnement c’est la violence, ça va se ressentir dans ta musique. C’est vrai qu’à la base y a un message de paix, d’unité… le message évolue.

Ce message, c’est une base mais après y en a plein qui se sont torchés avec.
TEKI : C’est une base, mais après c’est vrai que y en a qui font n’importe quoi. Mais c’est un autre problème.
Mais bon chacun son appréciation personnelle par rapport au truc. Ce qui est pas Hip Hop pour moi, va l’être pour quelqu’un d’autre, tu vois ce que je veux dire. C’est vrai que pour moi le Hip Hop se doit d’avoir un vrai délire… Pour moi c’est une culture.
On est donc bien d’accord sur le fait que le Hip Hop soit une culture et pas seulement une musique.

TTC ET LE RAP.

Vous êtes pas trop dans le délire rap = cité… Oui parce que ces derniers temps, c’est ce qui a été mis en avant. Le rap appartiendrait aux banlieues, faut que ça soit dans les banlieues…
TEKI : C’est faux ça… C’est vachement réducteur de dire ça.
TIDO : Faut pas se focaliser sur un seul truc.

Fabe disait qu’il devait y avoir autant de raps qu’il y a de gars… c’est-à-dire qu’un gars du 16ème (arrondissement de Paris… réputé très bourgeois) peut aussi bien rapper qu’un gars qui vient d’une cité grave chaude tant qu’il apporte son vécu, ce qu’il est etc…
TEKI : Bah du moment qu’il raconte ce qu’il est ou alors si le gars, son délire, c’est justement de pas raconter ce qu’il est… A partir du moment où c’est la vraie personnalité du mec ou que quand tu vas lui parler, tu vas t’en rendre compte, ou que c’est peut être des trucs réfrénés qu’il essaie d’exprimer. A partir du moment où c’est intéressant et que c’est bien fait… parce que si c’est mal fait, il peut aller se rhabiller le mec… Vous verrez sur ma mix tape, Fuzati, rappeur de Versailles, en maîtrise de droit, petites lunettes qui monte sur scène avec une couronne de galette des rois sur la tête…
TIDO : Et avec un alien gonflable (rires).
TEKI : Ouais et qui ken un alien gonflable sur scène, qui raconte qu’il a pas de meuf, qu’il est frustré…
TIDO : C’est son délire… et il est vraiment comme ça, il a pas de meuf (rires).
TEKI : Il est super parano, c’est un vrai personnage et ça se ressent dans sa musique et ça c’est intéressant.

En ce moment, on a l’impression qu’il y a une nouvelle scène rap qui émerge qui amène quelque chose de nouveau. Ces dernières années, quand tu prenais un album, tu avais toujours le morceau « caillera », les meufs elles en veulent qu’à tes thunes et c’est des salopes…
FLASH : T’as oublié « c’est la galère » (rires)

On y vient, on y vient (rires), les amis qui trahissent… Y avait des « passages obligés ».
TIDO : C’est surtout en France que c’est comme ça.

Ouais mais actuellement, y a un renouveau avec des jeunes groupes qui œuvrent dans l’ombre… Est-ce que vous pensez que le grand public est près à ça ?
TEKI : Moi j’m’en bats les couilles du grand public, j’men fous !!!

Vous pensez pas qu’il y a des intégristes dans le Hip Hop qui veulent maintenir un status quo dans le délire « caillera »
TEKI : IL Y EN A (rires) !!! IL FAUT LE DIRE (rires) !!! Sérieusement… En France, y a des mecs qui ont une idée arrêtée de ce qu’est et de ce que doit être le rap et ils ferment les portes aux gens… Mais c’est même pas une question de fermer les portes aux gens, parce qu’en plus ils vont fermer la porte aux gens qui font le même truc qu’eux… Ils veulent juste défendre leur bout de steak tu vois. C’est défendre le groupe dont ils s’occupent.

Ouais, je suis sur que si tu prends la programmation de Sky en rap français tu trouves uniquement : Côté Obscur, NTM, Secteur Ä et Mafia K’1 Fry…
TEKI : Ca, ça tient au fait que les gens veulent entendre des trucs qu’ils ont déjà entendu. Peut être que les gens voudraient mais on leur donne pas non plus la possibilité de s’ouvrir à d’autres musiques.

Pour écouter autre chose, faut faire un effort… et faut dire ce qui est, les gens sont des fainéants… Ils écoutent uniquement des radios généralistes et pour s’ouvrir à un autre type de musique, il faut faire l’effort d’aller chercher des radios plus spécialisées qui ne passent pas que des tubes.
TEKI : Ca c’est une mécanique qui remonte à loin… si tu remontes loin, c’est le capitalisme en général où on vend le plus rentable… et le plus rentable c’est : pas de prise de risque, les trucs formatés, les trucs qui ressemblent à ce qui se fait déjà. Du genre, on vous amène nos p’tits comme ça vous êtes surs que c’est un peu comme nous donc ça marchera.

Comment vous vous situez par rapport aux autres groupes de rap français ?
TEKI : Nous on fait notre truc.
CUIZI : On les connaît les rappeurs parisiens.

Comme vous faites des morceaux un peu à contre courant de ce qui se fait actuellement, comment se passe le contact avec eux ?
TEKI : Y a plein de gens qui sont sympas avec nous quand ils sont devant nous mais quand tu leur demandes ce qu’ils pensent de TTC : « bah euuuuuuuuuh…. » (rires). Je crois qu’il y en a beaucoup qui font comme si c’était bizarre mais qui en réalité flippent pour leur statut et pour leur truc à eux… parce que c’est trop fort pour eux, sans être prétentieux. Y en a qui bizarrement trouvent ça bizarre (rires), mais qui deux semaines après font la même chose.

Dans ce cas là, le public saura reconnaître les vrais : si des mecs pompent votre style, c’est grillé direct non ?
TEKI : Ouais… ça dépend, ça dépend. Ouais peut être, je sais pas.

Est-ce qu’il y a une « ségrégation » par rapport aux rappeurs blancs ?
TIDO : Non c’était plus quand y avait les films du genre « Malcom X », tous les films noirs américains genre les films de gang tout ça, c’était plus à cette époque.
CUIZI : Non maintenant c’est cool.
TEKI : Moi je le ressens moins qu’avant.
TIDO : Une fois on était dans une salle de répèt’, on est arrivé, y avait que des Rastas, des Renois et les gars ils nous ont regardé de travers grave. C’est genre on n’a même pas répété. (à Tekila) Tu te rappelles de ça ?
TEKI : Y a des mecs qui sont encore dans ce délire là.

Mais par rapport au public ? Le délire en ce moment c’est un trip « rap racaille ». Par rapport à ça, y a des gars qui sortent « Ouais lui il est blanc, il vient pas d’une cité etc… »
TEKI : Le fait de pas venir d’une cité, c’est complètement autre chose mais c’est vrai y a ça.

Pour une grande partie du public rap, un blanc peut pas venir d’une cité.
TEKI : Ca c’est des préjugés à la con. Surtout, la plupart des mecs qui prônent la vie de rue et la vie de cité n’en viennent pas… Y en a beaucoup qui s’inventent une vie.
TIDO : On en a entendu qui habitait Luxembourg, en face du jardin même, je donnerai pas le nom de la rue mais… tu lis leurs textes « putain c’est la merde, j’habite dans une chambre de bonne avec ma mère » et le gars il a une bête d’appart’ avec moulure au plafond etc (rires).
TEKI : C’est pas la merde, faut arrêter de s’inventer une vie. On a l’impression que les mecs quand ils arrivent dans le rap, il faut qu’ils parlent de cité : « ouais on est obligé de parler de cité même si on l’a pas vécu, parce que c’est le rap quoi ». Ils ont pas compris que tu peux parler d’autre chose. Le rap est un moyen d’expression.

Êtes-vous confronter au boycott par rapport à des radios, à des concerts, à des mix tapes ? Y a des mecs qui vous font « TTC, on veut pas » ?
TIDO : Pas directement comme ça.
CUIZI : De toute manière, nous on demande plus aux gens s’ils veulent de nous.
TEKI : Ils viennent plutôt nous chercher .
CUIZI : A l’époque où on a commencé à faire des mix tapes, je me souviens j’ai appelé quelques personnes et on s’est peut être mangé un croc ou deux pour des mix tapes parce qu’ils connaissaient tout simplement pas. Maintenant on a atteint un certain niveau et c’est les gens qui veulent faire des mix tapes avec nous qui savent ce qu’on fait donc ils nous demandent de venir poser. Maintenant y a plus de problèmes.

C’est comme pour un boulot : ils veulent prendre que des mecs qui ont de l’expérience mais l’expérience personne veut te la donner… En fait, faut réussir à enfoncer une porte une fois et après c’est plus facile.
TEKI : Exactement.

Votre avis sur Skyrock ? Yen a beaucoup qui progressent avec pour objectif de passer un de leurs morceaux sur Skyrock…
TIDO : Moi je me dis même pas « passer sur Sky »…
TEKI : ON S’EN BAT LES COUILLES !!!!!!
TIDO : Je veux faire du son et voilà…
TEKI : On s’en bat les couilles. On ne fait pas du rap pour être disque d’or. Je conçois qu’il y ait des gens qui aient un message à faire passer…

Vous pensez pas vivre de ça ?
TIDO : Si je peux en vivre c’est puissant. Je me dis pas que je fais ça pour devenir milliardaire.

Vous faites quelque chose à côté : un taf, des études ?
TIDO : Je fais tous les petits jobs de la planète (rires).
CUIZI : J’ai fait des études hôtelières donc je suis serveur et je suis étudiant aussi.

Tu fais quelles études ?
TEKI : Question piège « tu fais quoi ? » (rires).
TIDO : Tu voulais faire français là ?
CUIZI : Ouais… je sais pas encore.
TEKI : Moi je fais des activités qui sont liées au Hip Hop et qui commencent un peu à payer et qui paieront, je l’espère de plus en plus.

Ca vous inquiète pas le fait, comme il y a déjà eu en 1984, qu’il puisse y avoir une grosse vague de boycott du Hip Hop dans les médias ou pensez-vous que le Hip Hop soit ancré profondément dans la culture française ?
TIDO : Maintenant, y a internet des trucs comme ça tu vois qui ouvrent un nouveau marché.

Mais le public d’internet est peut être pas spécialement Hip Hop…
TIDO : C’est à nous de faire venir les gens.
TEKI : Moi je pense que… je sais pas si ça peut arriver ce genre de truc.
CUIZI : Si ça pourrait arriver ! Quelqu’un, un politique en France va commencer à nous casser les couilles je sais pas pourquoi mais…
TIDO : C’est pas pour ça que je vais arrêter de rapper.
TEKI : Je pense pas que ça puisse venir d’un politique. Je pense que ça peut venir peut être d’une mode qui balaiera tout sur son passage. Mais j’en sais rien (rires) !!!
CUIZI : Ca peut arriver n’importe quand mais c’est une musique à part entière maintenant donc elle peut pas disparaître.

C’est aussi une sous-culture à part entière en plus.
TIDO : Je pense que ça va évoluer.

Ouais y a une partie qui va devenir plus « Grand public », plus « Variété ».
TEKI : Je pense que ça va se scinder en deux.
TIDO : Y a déjà du rap qui est devenu varièt’.

Y en a qui compare le rap au punk : c’est une mode et quand la mode sera passée, y aura toujours des mecs dans le truc mais ils seront dans un autre monde…
TEKI : Le côté passionné, le côté que les Anglais appellent « Trainspotters », les mecs qui connaissent par cœur les titres de chaque sous groupe, de chaque morceau qui a été fait entre telle année et telle année… Je pense que ça va partir de plus en plus vers des délires de passionnés.

Y a des mecs qui vont rester Hip Hop, alors que d’autres vont tourner plus grand public comme Stomy qui a déjà fait son virage pour essayer de conquérir un autre public.
TEKI : Le vrai problème qu’il y a en France, et qu’il y a pas forcement dans les autres pays d’Europe et qu’il y a pas du tout aux Etats Unis où il y a vraiment deux scènes qui se côtoient pas. En France, tout le monde a comme but de devenir les Stomy de demain… J’ai rien contre lui mais…
TIDO : J’ai pas du tout envie de devenir un Stomy Bugsy moi !!
TEKI : On est des exceptions ! Tu vois, même les mecs hardcore, ils sont hardcore 5 minutes et le jour où il y a des opportunités pour eux de faire un tube…
TIDO : Ils font le canard !
TEKI : Ils sont capables de se prostituer !!
FLASH : (RIRES) !!!!!

Bah oui, tu vends tes fesses quoi !!
TEKI : Voilà tu vends tes fesses !!

Mais regarde Kery James par exemple, il a commencé super tôt et il a eu des occasions de faire des trucs grand public mais il est resté…
TEKI & TIDO : Authentique.

Pour vous y a-t-il une différence entre le mouvement Hip Hop en France et les mouvements Hip Hop à l’étranger et en particulier en Europe ?
TEKI : Justement, c’est ce que je te disais, en France y a pas d’activisme, les activistes d’hier sont devenus les stars de chez Foucault de maintenant.
FLASH : En France, on est le seul pays à avoir une loi qui nous oblige à passer 40% de musique française. Ça c’est super important parce que dans le Nord de l’Europe, tous, ils sucent la bite des Ricains. C’est du pompage intégral du Hip Hop américain. Pourquoi ? Parce que 80% des mainstreams qui passent en radio c’est que des trucs genre Puff Daddy.
CUIZI : Ouais mais 80% du Hip Hop français c’est du pompage de l’américain aussi.
FLASH : Non, ce que je veux dire par là c’est que ça amène une culture différente et ça nous oblige à écouter autre chose. L’oreille change parce qu’il y a 40% de chanson FRANCAISE et ça serait encore différent si c’était 80%. Mais c’est pareil pour le cinéma.
TEKI : Ce que je veux dire, c’est que quelque part, y a deux scènes dans ces trucs là. Y a aussi un underground qui refuse le côté mainstream et qui fait des trucs, qui est pour la créativité. En France… on est 10.
FLASH : C’est lié à la culture française. En France, on est le seul pays à vendre autant de rap et à s’être CREER un rap de toute pièce. Avec des gens comme Assassin et tout ça, y a un Hip Hop qui s’est créé de toute pièce ainsi que du rap français et qui n’a rien à voir avec le rap américain.
Les groupes suisses (comme Double Pact) ou belge (comme Starflam) ont choisi une influence française…

Parlez-nous un peu de la scène québécoise, vous avez l’air de la connaître un peu. L’influence est plutôt américaine ?
TEKI : Non, à une époque c’était suçage de Français, y a un ou deux ans. Y a des mecs qui rappaient avec l’accent marseillais quand même !!! Ouais ouais j’ai entendu un mec, un trou du cul, il s’appelle Remz (ouais Remz t’es un gros trou d’balle)…
TIDO : (RIRES… voire même MORT DE RIRE)
TEKI : Comment on peut être aussi con ? Un Québécois qui rappe avec l’accent marseillais !!!!
FLASH : Et maintenant y a des Marseillais qui rappent avec l’accent québécois (rires).
TEKI : Maintenant la tendance s’est inversée avec des groupes comme Sans Pression, Mo Zion et d’autres…Y a avec l’accent québécois qui font du Kool Keith… C’est grillé ! C’est dommage. A Montréal, il reste des mecs qui sont dans le bon délire. Le problème c’est que la partie française du Canada, c’est la partie où il se passe les trucs les plus intéressants en ce moment au Canada.
Y a des bons trucs à Halifax, à Toronto qui sont vraiment intéressants et y a des mecs à Montréal qui suivent un peu ça mais c’est pas encore ça. Je sais pas… moi j’y suis pas donc je peux pas vraiment dire. […] Je sais qu’il y a un groupe qui s’appelle Division Blindée qui font des trucs vraiment intéressants mais t’as plein plein de groupes qui sont soit dans le pompage, soit dans la connerie.

Est-ce que vous savez quelle notoriété vous avez en Province ?
CUIZI : Si on est connu en Province c’est genre Néochrome. Néochrome nous a grave fait connaître, plus que notre maxi… Surtout en Province.
TEKI : En plus en Province, le seul réseau qu’ils aient c’est Skyrock donc…

Et à l’étranger ?
TEKI : En Angleterre ça marche pas mal.

Est-ce que pour vous le rap français peut s’étendre à l’étranger ou il restera dans les pays francophones ?
TEKI : Il peut s’étendre. C’est divisé en deux pour ça : y a les mecs qui sont bluffés par le côté exotique du truc et qui vont te trouver Doc Gynéco formidable et totalement expérimental, qui écoutent que de l’underground et Gynéco parce que comme c’est en français c’est différent. Mais ça c’est des mecs qui sont là dedans à un niveau assez superficiel. Soit des gens qui se laissent pas bluffer et qui trouvent le rap français pourri parce que c’est tout le temps pareil.
FLASH : Tu vas interroger les Belges… Ils sont morts de rire avec le rap français. Mais quand je te dis mort de rire, c’est la honte… Quand ils écoutent IAM, NTM… Laisse tomber !! Et les mecs ils sont dans le Compagny Flow et tout ça. Eux ils kiffent pas une miette.
TEKI : En même temps, ça a joué en notre faveur au niveau de Big Dada (division du label anglais Ninja Tune, label sur lequel ont signé TTC). Ils cherchaient un groupe, peut être pas forcément français, mais je sais qu’ils cherchaient à droite à gauche en Europe. Nous on est arrivés et ils ont été choqués de voir que ça n’avait rien à voir avec ce qui parvenait à leurs oreilles… Ca les intéressait et ils ont signé.

La majorité des pays qui écoutent du rap sont habitués à écouter du rap ricain… ils vont pas avoir du mal à écouter une musique dont ils ne comprennent pas les paroles ?
TEKI : Regarde les Nubians…

Ouais elles ont déchiré aux Etats Unis mais elles ont pas marché en France.
FLASH : Ca a rien à voir… Moi je suis pas d’accord avec toi (à Teki) parce que pour moi les Américains s’en battent les couilles, les Américains sont protectionnistes. Que eux ils viennent rapper dans ton pays, ils le feront. Mais que toi tu viennes chez eux, ils s’en battent les couilles. Ils en ont rien à cirer, ils veulent pas comprendre, ils sont déjà en galère dans leur pays pour vendre leur came, crois pas qu’ils vont venir chez toi…
TEKI : Ca dépend… Ca dépend des mecs.
CUIZI : Je crois qu’il peut se passer un réel truc au niveau de l’Europe en Finlande, en Angleterre…
TEKI : L’Europe oui mais même aux Etats Unis, je rencontre des gens qui sont ouverts. Moi je suis pas persuadé que ça arrivera un jour.Ca arrivera peut être jamais à une grande échelle mais dans les réseaux qui nous concerne, nous TTC, c’est en train d’évoluer.
FLASH : Y a aussi une question… Vous parlez d’exotisme, on est d’accord c’est de l’exotisme mais je vais te dire un truc : tu prends une instru ricaine faite dans une cave d’un mec qui a 19 ans avec une merde de SP. Tu prends le même gars en France, tu mets les deux sons à côté : y a un son qui est pas mixé c’est le son du ricain…  tu prends le son du Français, y a pas photo tu prends le son du Ricain. C’est clair, net et précis. Ces mecs là ont un sens du son, de la musique, de tout qui fait que pour eux le truc il va claquer tout de suite… même si c’est un truc super underground : tu mets Company Flow, tu mets n’importe quelle instru, ça claque c’est tout. Y a rien d’autre à dire.
Maintenant c’est vrai que si tu prends le même gars qui sait pas se servir d’une bécane à l’autre bout de l’Europe… y a aussi une question de comment le mec va accrocher. Quand les mecs comprennent pas les paroles, ce qu’il faut c’est les « skills » : si le mec kiffe le flow, la façon dont le mec envoie les lyrics…
TEKI & FLASH : Il kiffe le son après.
TEKI : Il est plus ouvert il cherche à savoir ce que tu dis. Mais y en a… Je connais des Ricains qui sont SUPER ouverts…

Y en a c’est sur mais bon c’est pas…
TEKI : C’est pas le grand public. Mais bon le grand public, c’est clair que c’est des mecs qui font aucun effort.

Quand on voit les collaborations franco-américaines, y en a peu qui soient de bonnes qualités. Sauf peut être la collaboration Squat / Supernatural pour « Underground connexion »… Là tu sentais que c’était un échange, une vraie collaboration mais bon voilà, c’est un peu la seule.
TEKI : Supernatural est ouvert… Guru aussi est ouvert. Je l’ai interviewé pour Radikal : le mec il veut savoir ce qui se passe, il cherche…

Par exemple, il avait fait le truc avec Solaar sur le premier volume de Jazzmatazz…
TEKI : Ouais voilà, sur le coup il avait vraiment aidé Solaar.

LES PROJETS.

Vous préparez actuellement votre premier album qui doit sortir sur le label anglais Big Dada (label de Ninja Tune)… Y a-t-il une date de sortie prévue ?
TEKI : Au printemps. Le deuxième album de Roots Manuva, qui est le rappeur le plus respecté d’Angleterre, et qui est aussi chez Big Dada doit être distribué en France par Source… donc ça va être un gros truc, une grosse promo. Le reste des projets Big Dada sera distribué par le distributeur habituel de Big Dada, c’est-à-dire Pias. Nous on arrive après l’album de Roots Manuva (qui sort en mars), on va profiter que l’album de Roots Manuva fasse bien parler de lui , qu’il bénéficie au label un maximum pour que ça nous permettre, quand on arrive, de toucher vachement de gens.

Vous avez un nom pour l’album ?
TEKI : Non, pas encore.

Vous partez dans quel esprit ?
TEKI : 14 titres, 4 interludes. On part dans un esprit…

Qui fait les sons ? Quels seront les featurings ?
FLASH : Comme ils sont vachement influencés par les années 80, les sonorités de l’album seront très empruntes de cette époque là. Quand je dis années 80, faut pas se méprendre, y a des gens pour qui les années 80 c’est la disco, y en a pour qui c’est plutôt l’électro… C’est pas 80 « strass & paillettes », ça sera avec des sons, des influences de cette époque. Y a des synthés, pas mal de sonorités électroniques dans leur album.
TEKI : Je précise, c’est pas des synthés à la Ruff Ryders.
FLASH : Les gens auront largement le temps de se faire une idée je pense. C’est pas non plus des sonorités auquel on a l’habitude de faire appel. Y a un univers très 80 qui est présent et faut pas s’attendre à un album dans la plus pure tradition Hip Hop type soul / funk…
TEKI : Y aussi un son qui fait un peu plus soul / funk.
FLASH : L’idée générale c’est que c’est un album qui fait très 80 dans tout ce qui est l’approche du son, les paroles, les influences etc. Ca revêt tous les aspects des années 80. Tu vas avoir des influences électroniques, un petit peu d’influence plus « grateuse » parce qu’il y a des guitares, des guitares électriques…Bon je vais tout lâcher non plus (rires).
TEKI : Non mais on n’a pas fait LE morceau rock de l’album non plus (rires). Mais bon c’est du Hip Hop !
TIDO : C’est plus électronique.
TEKI : Y a de tout : y a un son funk, y a un son plus orienté « rock FM » années 80, tu vois, bien rock limite variété mais repris et complètement transformé en Hip Hop. C’est pas du Limp Bizkit ou du Run DMC qui sample du rock tu vois. C’est complètement remanié à la Hip Hop. Y a un truc qui fait vraiment dessin-animé… Y a aussi le son de DJ Fab qui fait peut être plus traditionnel. Y a aussi des trucs vachement glauques. On passe vraiment d’une ambiance à l’autre. En général, c’est quand même plus noir que ce qu’on a pu faire par le passé.

Y aura-t-il un maxi qui préfigurera la sortie de l’album ?
TEKI : Oui oui y aura un maxi (surement « l’aventure intérieure »).

Au niveau des thèmes de l’album : vous avez choisi une approche plus sérieuse ?
TEKI : Ca n’a rien à voir avec « Game Over » (leur premier maxi NDA). Y a peut être le délire un petit peu porno qu’on retrouve sur un morceau…
TIDO : Parce qu’on est tous pervers quelque part.
TEKI : On a réussi vraiment à pousser notre délire à fond. Y a des morceaux plus descriptifs, qui racontent des faits…

Vous allez partir dans des textes plus revendicatifs ?
TEKI : A notre manière… Déjà, « l’aventure intérieure », c’est un morceau qui revendique plein de choses, même si c’est subliminal des fois. Y a plusieurs lectures.

Vous voulez pas donner de ligne de conduite, donner votre avis…
TEKI : C’est même pas qu’on donne notre avis, c’est qu’on fait notre… notre poésie quelque part… et la personne interprète ce qu’elle veut. Y a un morceau qui est presque de l’écriture automatique, où y a certaines phrases qui n’ont rien à voir avec la phrase d’avant, tu crées toi même ta propre interprétation du truc. Nous à la base, le message de certains morceaux est presque inconscient. Au niveau, des textes, on s’est vraiment lâchés, on est allé au bout de notre délire.

Votre rap est apolitique ?
TEKI : Non, nous on a nos convictions sur certains trucs…

Ces convictions transparaissent dans l’album ?
TEKI : Je les ai mis inconsciemment. On a fait un morceau sur les maisons de disque, on parle du côté un peu pourri de l’Industrie. Quelque part, c’est une réflexion qui mène à une réflexion beaucoup plus politique mais chacun prend le texte au niveau qu’il veut. La comparaison de l’industrie du disque à l’industrie de la prostitution… ça pose des questions qui vont au delà de l’industrie du disque, ça va toucher le système en général.
Nos positions politiques, même si je pense pas avoir de position politique dans le sens de politique institutionnelle, ce qu’on pense va être retranscrit dans nos lyrics. Après c’est à chacun de le voir ou de pas le voir. C’est clair qu’on n’a pas fait de morceau « On va niquer le système !!! » parce que c’est trop facile ! On préfère s’exprimer et puis à un moment les gens s’apercevront de ce qu’il y a derrière… ou ne s’en rendront pas compte.

Ninja TuneA un niveau financier, comment ça se passe pour cet album ? Vous avez une direction artistique ?
TEKI & TIDO : On a un budget serré… mais on n’a pas de direction artistique.

Y a personne derrière vous avec sa calculatrice…
TIDO : Non non.
TEKI : Absolument pas. Au contraire.
CUIZI : On enregistre l’album en France, personne du label (à Londres) n’a encore écouté ce qu’on a fait. Ça leur plait ou ça leur plait pas mais c’est comme ça.
FLASH : Ce comportement là, c’est chez une major.
TEKI : Nous c’est un grand barbu qui nous dit « C’est pas assez underground » (rires). « Ah non trop commercial ! Putain mais vous allez passer en radio avec ça ! » (rires)
FLASH : Ils ont signé pour des raisons précises, parce qu’il y a eu des écoutes avant. S’ils signent, c’est parce qu’ils parient sur ta gueule. Y a très peu de chance pour qu’ils obtiennent une maquette et qu’ils te fassent « non on n’en veut pas ».
TEKI : Si vous écoutez les albums de Roots Manuva, des Infesticons qui sont aussi chez Big Dada vous aurez une idée de la direction artistique du label… Pfffffffff LE GOUFFRE (rires)

Teki, parle nous de la mix tape que tu as faite avec James Delleck, « L’antre de la folie ».
TEKI : C’est chez Kerozen. C’est vraiment moi, c’est tout moi ça (rires)… et James Delleck. Ça été super long à faire.

James Delleck a fait des instrus ?
TEKI : Ouais ouais. C’est à peu près 50% d’instrus prises sur des faces B… parfois juste parce que c’était des instrus qui nous plaisaient et qu’on était en galère de temps et qu’il fallait avancer vite. Y a eu des moments de gros speed et des moments où on branlait rien parce que le mec était pas disponible. On a aussi pris des


instrus de classiques comme un morceau qui est à la fois une parodie et un hommage à la G-Funk où on a repris l’instru de « Nuthin’ but a G thang » de Dr Dre mixée avec une instru du premier album d’Outkast. Y a un morceau en totale impro où on raconte une histoire avec Kalash, Sheryo, TTC, Doze de Kroniker… A chaque rappeur le son change (c’est DJ Orgasmic qui a fait les enchaînements) : c’est que des classiques underground.

Dédicasse TTC maxi Dédicasse TTC

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