Interview : Tacteel [Académie Hip Hop Français, décembre 2001]

Le temps où DJ Tacteel officiait en tant qu’une des facettes de l’heptagone ATK est loin. Désormais émancipé du groupe, il peut enfin laisser totalement exprimer sa fibre créatrice comme le prouve son premier EP « Butter for the fat » dont la sortie (en vinyl) devrait se faire en décembre. Rencontre avec un grand espoir du renouveau du Hip Hop en France…

Peux-tu nous retracer ton parcours ?
Tacteel : Mes tout débuts étaient avec ATK, enfin avec la Section Lyricale que je formais avec Cyanure, Kesdo et Axis. Après il y a eu la période où nous étions 21 ou 25 je sais plus. Finalement, on est passé à 7 et en 1998 on a sorti notre premier album « Heptagone ». On a plutôt eu un bon accueil de la critique et du public. On a eu de la chance, c’est une année où les sorties françaises écoulaient facilement leurs 10.000 copies et on a fini autour des 25.000 disques vendus.
Je me suis mis à la production pour ce projet : j’ai réalisé « 20 ans », un morceau solo de Cyanure qui lui correspond complètement et que j’apprécie beaucoup, et « 7ème sens » le solo de Test qui reste un morceau que j’aime vraiment. J’ai également co-enregistré et co-mixé l’album aux côtés d’Axis, ce qui m’a permis de bien apprendre le travail de studio.
Après ça, j’ai continué à produire en vue d’un second album d’ATK mais le groupe a splitté (Fréko et Antilop sont partis tour à tour).
Depuis j’ai tourné définitivement la page et je suis parti dans un délire instrumental. La séparation avec ATK s’est faite parce qu’humainement et musicalement on ne partageait plus les mêmes choses. Ça s’est fait naturellement. Il y avait aussi le fait que j’étais un peu lassé de m’entendre dire qu’on ne se sentait pas de rapper sur mes prods ou alors que mes sons correspondraient plus à des rappeurs américains.

C’est plutôt un compliment, ça !
Tacteel : Oui mais bon, je connais pas de ricains (rires) et dans ces cas-là, tu te retrouves vite à faire du son dans ta chambre. C’est comme ça que l’idée de faire un truc solo instrumental est née. Au départ, j’ai fait ça pour m’amuser mais je me suis pris au jeu d’autant plus que certaines personnes que j’ai rencontrées (Tekilatex, James Delleck, Para One…) ont trouvé ça intéressant.
Donc voilà… Après avoir passé trois ans à faire du son dans ma chambre, je sors ce premier EP 8 titres. Les morceaux qu’il y a dedans ont été produits tout au long de l’année dernière. C’est de l’indépendant total, et ça sera distribué début décembre par Chronowax.

Comment s’est faite la transition entre les morceaux classiques d’ « Heptagone » et les prods plus riches et travaillées de « Butter for the fat » ?
Tacteel : Quand tu commences à faire du son, tu as forcément l’influence des gens dont tu aimes la musique et tu as du mal à sortir la tête de ce style là : c’était une époque où la côte Est faisait des choses magnifiques, j’étais à fond dans DJ Premier parce qu’avec des trucs simples, il arrivait à faire passer une émotion pas croyable (ce que je trouve il a perdu depuis quelques années). Il y a peut être aussi le fait que je travaillais dans le cadre d’un groupe et que je pensais le son en fonction des MC’s.
A un moment donné, j’ai eu envie de faire des instrus pour moi, des instrus (comme sur le EP) qui se suffisent à elles-mêmes, qui n’ont pas besoin de MC. Les gens peuvent trouver ça bizarre mais ce n’est que moi qui m’exprime par le biais de ma musique. C’est le même travail que celui d’un MC quand il écrit un texte.
J’ai voulu sortir ce EP pour montrer ce que pouvait être mon travail à un moment donné plutôt que d’évoluer tout seul dans ma chambre. J’ai eu envie de faire partager ça, même si ce n’est qu’un début. C’est une première pierre qui mènera à quelque chose de plus grand j’espère.

Quelles sont tes influences ?
Tacteel : ça va du jazz, free jazz, fusion, funk (même si j’en écoute moins maintenant) à des trucs de musique électronique qui m’ont vraiment retourné la tête comme Doppler Effekt ou du classique. J’essaie d’écouter des choses qui me surprennent, quelque soit le genre.
En Hip Hop, des gens comme Anti Pop Consortium, Company Flow, Prefuse 73, Automator, DJ Shadow… Les choses qui sortent sur Subverse, le label de Bigg Jus. Doctor L aussi.

Le hip hop instrumental en France est quasi-inexistant. Penses-tu pouvoir toucher le public français ?
Tacteel : Il n’y a rien de comparable en France à ce que peuvent faire DJ Shadow, Automator ou Vadim. Avec Para One, on s’y met mais ça n’existe pas encore à part entière : on se dit que si ça n’existe pas encore, autant le faire soi même. On voudrait en faire une forme d’expression à part entière. Il n’y a pas d’intermédiaire entre les albums de MCs et les disques de break beats pour les turntablists.

Tu comptes le sortir à l’étranger ?
Tacteel : Chronowax est plus chaud pour le développer à l’étranger qu’en France. Il a plus de chance de trouver son public ailleurs. En France, les gens auront du mal à l’écouter parce qu’ils n’arrivent pas à le mettre dans une catégorie.

Tu sais que les artistes qui font la même musique que toi sont classés en electronica et non en hip hop chez les disquaires. Beaucoup de gens vont essayer de vous chercher des poux dans la tête…
Tacteel : Il faut que les gens comprennent qu’on peut aimer la musique sans chercher à savoir si c’est du hip hop ou pas. C’est de la musique, point. Mon « travail » est hip hop. Si quelqu’un me classe dans la musique électronique mais apprécie mon son, ça ne me gène pas. L’important c’est la musique. Si les gens sont curieux et que tu assumes ce que tu as fait, c’est suffisant.

La pochette de ton EP est vraiment très réussie. Qui l’a réalisée ?
Tacteel : C’est un graphiste du nom de Ra (www.raspage.com) que j’ai rencontré par l’intermédiaire d’un ami qu’on a en commun. On a fait connaissance, sympathisé et décidé de travailler ensemble. Je lui ai fait écouté ce que je faisais et à partir de ça, il a créé un univers visuel. Il fait également du son et j’espère qu’un jour les gens entendront ce qu’ils font.

Tu as d’autres projets ?
Tacteel : On peut retrouver le morceau « Selective Approach » qui sera sur mon EP sur la compilation « Projet Chaos ». Je produis des sons pour le projet l’Atelier, un groupe composé de Tekilatex, Cyanure, Fuzati, James Delleck pour les MCs et Para One, James et moi pour les prods (bien qu’un peu tout le monde mette la main à la pâte). C’est quelque chose qui nous tient vraiment à cœur, on travaille un album en ce moment même.
Il y a aussi un autre projet de hip hop instrumental que je fais en coproduction avec Para One et qui s’appelle « Fuck A Loop ». Ça veut bien dire ce que ça veut dire (rires), c’est un truc qui part bien en couille comme on aime. Ça sera dans la continuité de mon EP, même si ça part dans des directions complètement différentes. J’ai produit dernièrement un morceau qui sera sur le futur album de TTC. Je pense que le morceau sera vraiment mortel, c’est tout le mal que je nous souhaite (rires).
Sinon, depuis longtemps Cyan et moi avons envie de travailler ensemble, juste tous les deux. Notre collaboration (en dehors d’ATK bien sur) débute vraiment en ce moment : on a posé un morceau sur la mix-tape « La Contre Face Son 2 » (dont l’instru, « Progeria » est sur le EP). On a comme projet la production de son EP solo courant 2002, dont j’assurerai la réalisation ainsi que certaines prods, mais pas toutes.

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