Interview : Les Spécialistes (Princess Anies & Tepa) [Académie Hip Hop Français, septembre 2000]

Mercredi 27 septembre 2000 – Place de la Bourse, Paris – BMG.

Spé02PRESENTATION DU GROUPE.

Princess Anies : Nous, c’est les Spécialistes. On fait partie du Da System qui est un collectif regroupant plusieurs rappeurs, plusieurs identités tels que D. Abuz System (Mysta D & Abuz), les Spécialistes (Tepa et moi), le Stor.K, Atis, Alpha… Et d’autres à venir qui n’ont encore rien sorti sur disque ou mix-tape. On est un collectif ouvert aux autres rappeurs (et aux autres rappeuses d’ailleurs). On cherche le renouvellement.

Vous avez évolué dans d’autres formations auparavant ?
Princess Anies : J’ai débuté en solo avec deux copines à moi du côté de Cergy. Ensuite j’ai rencontré le D. Abuz System y a 5 ou 6 ans. Ensuite j’ai posé un morceau sur la compile « Lab’Elles » qui était un projet où il n’y avait que des filles. Avec toutes les filles, on a fait une tournée dans toute la France et j’ai demandé à Tepa de m’épauler sur scène parce que j’avais pas trop d’expérience scénique. Il est venu, sur scène ça s’est super bien passé et comme on s’entendait super bien aussi en dehors, on est devenu amis et on a décidé de monter un groupe.
Tepa : Moi j’étais avec D. Abuz  depuis 1990. Au début, je faisais des backs pour eux puis de fil en aiguille je me suis mis à faire mon truc en solo. J’ai fait un peu de management aussi. Et puis on a rencontré Anies et on a monté les Spécialistes.

C’est le premier duo mixte de l’Histoire du rap français.
Princess Anies : C’était pas calculé même si c’est un concept unique.  Quand notre premier album est sorti, tous les mecs qui nous ont interviewés nous demandaient si c’était fait exprès, si c’était BMG qui avait mis ça en place… Ca n’a rien à voir : c’est une question d’affinités.

Qui s’occupe de la production de vos instrus ?
Princess Anies : Pour le premier album des Spécialistes sorti en 1999, c’est exclusivement Mysta D. Nous, on aime bien travailler en famille : les featurings aussi fonctionnent sur le même principe, ce sont des gens qu’on apprécie beaucoup humainement avant tout.
Pour le prochain album, Mysta D fera la majorité des sons mais on va s’ouvrir un peu plus aux autres producteurs. Il y aura sûrement Abuz, Sully Séfil, Sulee B… On reste très ouverts.

Vous vous êtes mis au son ?
Princess Anies : Prochainement. Mais il faut avoir du temps et surtout des moyens. On aime apporter notre touche et puis on sait ce qui nous convient.

Vous avez grandi dans quelle influence musicale ? Ce que les gens appellent la base du rap à savoir le funk, la soul etc… ou c’est plus une culture radio ?
Tepa : On a deux cultures musicales différentes vu qu’on n’a pas du tout le même âge. J’ai vécu en Guyane jusqu’à l’âge de 13 ans donc j’ai beaucoup écouté de reggae, de zouk, de musique africaine. Après je vais pas dire que j’ai pas écouté toute la Grande Variété internationale puisque c’est ce qui passait. Ce qui nous a beaucoup marqué Mysta D et moi, c’est vraiment le reggae. La funk ça a toujours notre truc aussi. Pour ce qui est du rap, il est arrivé début 80…

Avec « The message », « Rapper’s delight », « Planet Rock », etc…
Tepa : Voilà. Mais c’est surtout avec H.I.P. H.O.P. de Sydney (en 1984 NDLR) qu’on a découvert le rap comme pour beaucoup de gens. A partir de là, on n’a jamais lâché l’affaire. Même pendant la période 1984-87 où le rap a connu un creux (l’émission de Sydney passait plus donc pour beaucoup de gens, le rap n’existait plus). A partir de 1987, y a eu le big « revival », et là c’était le rap plus que jamais. A cette époque, le rap était une musique ultra underground : personne n’écoutait de rap. C’était une musique qui véhiculait tous les clichés « banlieue, racailles… » mais aujourd’hui ça n’a plus du tout la même connotation. Ce côté « racaille / rue » ça a toujours fait partie du rap et il faut pas que ça change c’est clair mais ça doit évoluer. Avant, les rappeurs étaient pas du tout pris au sérieux.

Ça a commencé à être pris au sérieux en 1990 avec la sortie de Rapattitude…
Tepa : Y a pas de mystère. Les premiers, c’était Virgin avec Florence Touitou qui produisait H.I.P. H.O.P.

C’était le début, y avait très peu d’albums sortis alors qu’aujourd’hui, y en a peut être trop et pas assez de qualité.
Tepa 
: Y a eu un « âge d’or » y a deux ou trois ans où tous les albums qui sortaient étaient bons. En ce moment y a un creux mais je crois que c’est en train de remonter. Mais la baisse, elle n’existe que pour le rap français… le rap américain au contraire a énormément pris d’importance.

Et toi Anies, tes influences ?
Princess Anies : Je suis tombée jeune dans le rap mais bon comme tous les gamins tu regardes les dessins animés, tu écoutes la radio… C’est mon frère qui m’a fait écouter des trucs : Bob Marley que j’avais grave kiffé, des albums de rap. J’ai aimé le son et je me suis mis à écouter un peu de rap français comme je suis tombée en pleine vague « rap français ». En gros, je suis tombée dans le rap très tôt.
Tepa : Elle a grandit avec le rap et moi j’ai vu le rap grandir.

LA PRODUCTION MUSICALE FRANCAISE.

14Ces influences transparaissent-elles dans votre musique ?
Princess Anies
 : Par rapport à Mysta D, ça se ressent vachement dans la façon dont il compose. C’est un des rares producteurs en France qui ose mettre des basses reggae, des trucs de soul que personne connaît. C’est quelqu’un de très ouvert.
Tepa : Il a un gros avantage par rapport aux producteurs qui n’ont écouté que du rap. Pour ceux qui débutent dans la prod’, la référence c’est le rap.
Princess Anies : Pour eux, c’est juste un beat et un sample… et on fait tourner le tout. Pas d’arrangement.
Tepa : Quand tu as une culture musicale soul, reggae, funk tu peux pas te contenter d’un beat et d’un sample parce que c’est pas vraiment de la musique.
Princess Anies : Si ta culture musicale est très ouverte, ta prod’ sera forcément beaucoup plus riche. C’est pour ça que ça tourne en rond en France parce que la plupart des producteurs n’ont grandi qu’avec le rap.
Tepa : Ce qui est grave relou en France, c’est que les mecs samplent DANS le rap lui-même.
Princess Anies : Ils retravaillent le sample, il le mette à l’envers mais c’est tout.
Tepa : Je me dis que le public est de plus en plus éduqué musicalement donc il est pas complètement dupe.

Là je sais pas… Il écoute Skyrock toute la journée…
Princess Anies & Tepa : C’est ça le problème.
Princess Anies : Le problème en France, contrairement aux Américains, c’est qu’il n’y a pas du tout d’innovation.
Tepa : C’est pas du tout original.

Là je suis pas tout à fait d’accord. Y a une nouvelle scène qui émerge qui a une approche (qui sera sûrement moins appréciée par les « puristes ») plus électronique… Je pensais à des mecs comme James Delleck, TTC, La Caution…
Princess Anies : Ca suit le mouvement américain. Regarde, ça fait deux trois ans qu’ils se sont mis à l’électro par exemple. Booba (de Lunatic NDRL) a raison quand il dit « La France c’est comme aux States mais enlève au moins 10 ans ».

Je pensais à une approche électronique plus proche de la house.
Princess Anies & Tepa
 : C’est la vague américaine.
Tepa : Regarde ce qui cartonne en ce moment aux Etats Unis : Ruff Ryders, Hot Boys, Juvenile, Master P, Cash Money… Le problème en France c’est que le premier qui pompe style des Américains, on dit qu’il innove.
Princess Anies : C’est pareil pour le flow « despee ». Y a un groupe en France qui a sorti un album avec ce flow et tout le monde dit que c’est une révolution. Mais si tu écoutes ce que faisaient K.Mel d’Alliance Ethnik quand il était dans l’underground ou Abuz… c’était déjà comme ça mais y a 10 ans. Les gars ils ressortent ça parce que les morceaux de Busta Rhymes déchirent et y a tout le monde dit qu’ils innovent alors que c’est pas le cas.
Tepa : Des groupes comme TTC, La Caution… C’est les rares qui sont dans un délire très original. Ils sont dans une démarche artistique où ils ne cherchent pas à ressembler à ce qui se fait actuellement. Mais bon ils sont très peu à être comme ça.

A la limite les groupes peuvent prendre un style, une ambiance et rajouter une touche personnelle là dessus.
Tepa 
: Voilà mais c’est des cas à part. Ils sont très peu nombreux à faire ça. Depuis que le rap est devenu un business, pour passer en radio, il faut avoir un certain format.

Ou avoir quelqu’un derrière…
Tepa : Oui aussi. Mais si tu as personne derrière toi et que tu veux passer en radio, tu te dis que tu vas adopter le format qui marche dans la radio. Et ça c’est valable aussi bien pour Skyrock que pour les petites radios.

Comme pour Générations (88.2 FM à Paris) : c’est du copinage.
Tepa 
: C’est normal. On arrive à une situation où les gens sont saouler par le rap français. Y a un manque de maturité de la part des artistes : il faut qu’ils arrêtent d’aller dans les radios et de mettre des coups de pression pour être diffusés alors qu’ils viennent de faire un DAT dans leur chambre. Générations c’est pas non plus une radio de merde : ils vont pas passer tout ce qui sort au nom du rap français !! Ça, c’était faisable y 5 ou 6 ans mais plus aujourd’hui avec le nombre de groupes qu’il y a.

En même temps, avec ce comportement, peut être qu’ils ferment des portes à des gens qui mériteraient d’être mis en avant…
Tepa 
: Peut être… Mais c’est un problème qui se retrouve partout. C’est comme sur la route, y a plein de mecs qui font les cons et y en a un qui se fait prendre, il a pas fait grand chose mais il paie pour tous les autres. C’est les bons qui paient pour les mauvais. Ce que je constate c’est qu’il y a immaturité générale. Les groupes connus sont pas trop des gamins parce qu’ils ont un esprit professionnel.

Mais des fois, ils deviennent trop professionnels et ils perdent leur spontanéité.
Tepa
 : Oui des fois c’est vrai. Comme quand tu coupes les liens avec la base. C’est le problème d’un grand groupe : arriver à vendre beaucoup de disques et à garder un contact avec la base. Mais c’est super dur. Ils sont énormément sollicités et à un moment faut faire un tri…

Il faut aussi garder la tête sur les épaules.
Tepa : Ca c’est une question de personnalité. Les mecs deviennent énormément sollicités. C’est ce qui arrive à Générations : ils doivent faire le tri.

Y a une mix-tape dont le premier volume doit bientôt sortir qui s’appelle « Le rap nique le maximum boycott ». Sur la pochette, y a une route barrée avec des stickers Skyrock, Ado FM, Générations, L’Affiche…
Tepa 
: Nous on la fera pas parce qu’on supporte Générations.

Mais c’est parce qu’ils sont derrière vous aussi…
Tepa : Ils sont derrière nous parce qu’on entretient avec eux des relations saines.
Princess Anies : Mais à la base, c’était plus des relations basées sur l’artistique que sur l’humain. On est arrivé avec notre produit et ils ont kiffé dessus.
Tepa : On n’est pas arrivés véner’ « C’est notre DAT alors tu vas le passer !!! ».
Princess Anies : Y a des gens qui nous contactent pour faire des featurings qui sont trop agressifs. Y a des façons de demander.
Tepa : Y a des mecs qui descendent à la radio en gueulant pour qu’ils passent leur mix-tape, qui chauffent tout le monde…

Y a aussi eu des animateurs pris « en otage »…
Princess Anies & Tepa
 : Ouais c’était y a un ou deux ans pendant l’émission de Loko. Un truc de fou !!!!
Princess Anies : Il faut être un minimum sérieux, programmer les mecs qui vont passer. On peut arriver à la radio en gueulant, en jouant sa caillera pour passer sur l’antenne !
Tepa : C’est vraiment des gamins ceux qui réagissent comme ça.

C’est des mecs qui se disent qu’avec le rap ils vont réussir à vivre, à devenir super riches…
Princess Anies & Tepa : C’est un rêve ça !! Ils ont vu NTM, Passi, IAM, Stomy et les autres prendre plein de blé alors ils pensent faire pareil.
Tepa : Ca fait combien qu’ils sont là les mecs ?
Princess Anies : Ils sont combien ceux qui ont réussi du jour au lendemain ? Regarde Disiz La Peste : aujourd’hui c’est une star mais ça fait combien d’années qu’il est là ? C’est pas le dernier arrivé (il était déjà présent sur la compile Nouvelle Donne avec son groupe Rimeurs à gages NDLR). Ça a été la même chose avec Passi quand il est arrivé avec « je zappe et je matte » pour le grand public : « C’est qui ce nouveau rappeur ? » alors qu’il est là depuis super longtemps.

Vous avez été confrontés au boycott ?
Princess Anies : Le Da System, c’est le groupe le plus boycotté.

Qui vous boycott ?
Princess Anies & Tepa : Les grosses radios !

C’est donc pas votre politique de pas passer sur Skyrock par exemple ?
Tepa : Ah non pas du tout alors !

Y a des groupes qui disent « Nous, on passera jamais sur  Sky, c’est trop de la merde ! »
Tepa : Y A DES GROUPES QUI DISENT CA ??? C’est des mithos.
Princess Anies : Si Skyrock veut nous passer, moi je suis d’accord : moi j’ai besoin de manger, d’être écoutée… donc je vais pas cracher sur Skyrock. Y a des groupes qui descendent Sky mais c’est facile de le faire quand on passe dessus !

Et si un jour vous passez sur Skyrock, vous avez pas peur de tomber dans l’engrenage ?
Tepa 
: Au contraire, ça nous ferait plaisir. J’attends que ça !
Princess Anies : Passer sur Sky, NRJ, RFI etc… MERCI les programmateurs ! Chérie FM vous voulez nous passer ? Allez-y !!
Tepa : Ca serait une hypocrisie de dire que tu as pas envie de passer sur telle ou telle radio.
Princess Anies : C’est comme si je disais que je voulais pas vendre au grand public !
Tepa : Ceux qui tiennent ce discours là, ils sont super hypocrites !! Ils disent ça pour se donner une espèce de crédibilité du genre « Moi je suis hardcore à la mort !! »
Princess Anies : Si tu prends l’exemple de 113, ils ont eu plein de disques d’or ou encore Arsenik… Ils sont pas crédibles ? Ils sont respectés du Mouvement comme du grand public.
Tepa : A partir du moment où la qualité est là, y a pas à avoir de polémique.
Princess Anies : Mais à partir du moment où tu rentres dans le showbiz, que tu fais la bise à tout le monde que tu prends de la coke… C’est plus la même chose.
Tepa : Regarde des groupes comme NTM qui ont vendu des centaines de milliers d’albums. Est-ce qu’ils sont pour autant moins crédibles ? En plus, c’est le groupe le plus boycotté de toute l’Histoire du rap. Ils ont seulement commencé à ne plus être boycottés quand ils ont eu leurs problèmes avec la justice et qu’ils ont été condamnés à la prison. Et c’est la même chose pour Ministère AMER : on en a beaucoup plus parlé à partir du moment où ils ont eu du succès en solo.
Princess Anies : Mais ils ont quand même été ultra médiatisés au moment de « Brigitte, femme de flic » ou de « Sacrifice de poulet ».

Comment percevez-vous le public rap français ?
Princess Anies
 : Je le vois plus lucide, plus préparé, mieux éduqué musicalement.

On est pas aussi optimiste…
Tepa : Si un peu plus. Les grosses merdes qui étaient acceptées il y a 4 ans ne seraient plus acceptées maintenant.
Princess Anies : A cette époque y avait tous les  « Roman Photo », « Réciprok » etc… Skyrock les diffusait mais aujourd’hui, même si y a toujours du rap commercial sur Sky, c’est plus la même chose. Ils passent des trucs de oufs quand tu prends un peu de recul. Regarde Disiz La Peste : c’est accessible au grand public quand même mais t’écoutes les lyrics « Après t’iras niquer ta mère », « suce mon zob »… Le public est plus éduqué, c’est sur.

En parlant de Disiz, j’entends plein de gars dire qu’il est super commercial nanani, nanana, tout ça parce qu’il passe sur Sky… J’essaie de leur expliquer qu’il est là depuis longtemps, qu’il a pas changé mais…
Tepa 
: Tu sais, si on passe sur Skyrock, y a plein de gens qui vont dire « Spécialistes, c’est de la merde, c’est commercial ».
Princess Anies : Tu prends l’exemple de 113… C’est commercial 113 ? C’est des mecs qui disent «  avec une batte dans les fesses » des trucs comme ça, c’est super hardcore… Et pourtant ils passent sur Sky. En France, y a un problèmes d’image. Si par exemple Réciprok me produit, moi Princess Anies, tout le monde va me cracher dessus.
Tepa : Mais si c’est NTM qui te produit, tout le monde va te sucer.
Princess Anies : Mais bon, quand même, si la qualité est là, tu vas cartonner. Les gens dans le rap s’attardent trop sur d’où tu viens, qu’est-ce que tu as fait, si tu as été en prison. Ils s’intéressent plus à l’image que tu dégages qu’à la qualité que tu vas fournir. Quand j’avais 15 ans, je le faisais, représenter mon quartier. Mais bon passé un certain âge, tu as déménagé 50 fois… pfff…
Tepa : En plus, quand tu fais ça, tu vas représenter tous les cons qui habitent où tu habites, tous les fachos…
Princess Anies : Les gens sont pas assez ouverts.
Tepa : Anies le dit dans un texte « Moi je viens de nulle part ». Et quand elle répond ça aux gens, y en a que ça énerve trop.

06Quelle est votre définition du Hip Hop ?
Princess Anies
 : Moi j’aime beaucoup le Hip Hop. C’est quelque chose qui coule dans mes veines. Je vis avec. Le moment où je kiffe le plus le Hip Hop, c’est pendant les concerts. Tu ressens vraiment quelque chose. C’est vraiment de l’amour. C’est peut être Zulu mais c’est comme ça. Cet esprit là tu le ressens vraiment pendant les tournées. C’est comme une famille, même si c’est parti en couilles.
Tepa : C’est surtout dans les autres disciplines qu’ils ont gardé la vraie mentalité Hip Hop. C’est surtout les graffeurs et les danseurs.
Princess Anies : Mais si tu prends les rappeurs de l’Ancienne Ecole, ils ont un bon esprit par rapport aux nouveaux qui arrivent. L’esprit Hip Hop qui existe maintenant ? C’est vraiment un esprit dégueulasse.

Qu’est-ce qu’il devrait être ? La base c’était la devise de la Zulu Nation « Peace, Unity, Love & Having Fun ».
Princess Anies 
: Moi je suis pour !! Maintenant tout le monde crache sur les Zulus alors que les gens ne savent même pas de quoi ils parlent.
Tepa : Sans la Zulu Nation, on serait pas là ! Les valeurs que prônait Afrika Bambataa (fondateur de la Zulu Nation NDLR) sont pour moi les valeurs reines : respect, amour, unité.
Princess Anies : Y a des gens qui ont dit du mal d’Afrika Bambataa, mais sur ses disques, il y a toujours une partie qui est reversée à la Zulu Nation et ils s’en servent pour donner du lait dans les écoles…
Tepa : Tu vois maintenant les rappeurs avec leur 8.6… Mais à la base, y a pas tout ça dans le rap !! Y avait pas de drogue… C’est quelque chose de vachement social.
Princess Anies : A la base, le rap devait être social mais c’est devenu un gros business.
Tepa : Les groupes qui ont gardé cet esprit là sont des groupes qui vont durer. Mais encore une fois, on est une minorité.
Princess Anies : J’ai commencé le rap avant qu’il n’explose donc j’ai vu arriver tous les groupes. Y en a trop qui se la racontent !! Combien de mecs disent qu’ils font partie d’un groupe alors qu’ils connaissent seulement les mecs de vue ? Tout est dans l’apparence aujourd’hui. Comme Tepa l’a dit « nous on était dans le rap avant Skyrock, on y est pour l’amour de la musique. Si demain y a plus Skyrock, on continuera quand même ».

Une fois, j’ai vu un graff qui disait « Je porte pas de sape Hip Hop, le Hip Hop je le porte dans le cœur ».
Princess Anies
 : C’est ce que disais Kery James (d’Ideal J NDLR) dans « L’invincible Armada ».
Tepa : On a souvent accusé Kery d’être anti-zulu. Ce qu’il n’aime pas, c’est le côté show du Hip Hop, plein d’américanismes.

Quels sont vos rapports avec les autres groupes de rap français ?
Princess Anies
 : On est un peu un groupe à part parce qu’on s’entend avec tout le monde. On est pas dans les embrouilles. Tu prends un exemple concret : le freestyle sur Générations le 21 Juin 99 (voir l’extrait dans la section mp3 NDLR). Tout le monde se taillait. Abuz lui ne voulait pas rapper parce qu’il n’aimait pas cette mentalité.

Ouais mais bon, là c’était un clash donc…
Princess Anies
 : Non, à la base ça devait être le meilleur freestyler.
Tepa : Là ça allait finir en baston, c’était pas un bon esprit.
Princess Anies : On a le même esprit qu’Abuz. On va pas dans les soirées Hip Hop pour se montrer.
Tepa : On va pas emmerder un groupe parce qu’on n’aime pas ce qu’il fait artistiquement. L’artistique, c’est l’artistique et l’humain, c’est l’humain. Si tu cherches à comprendre l’humain, tu comprendras mieux sa musique.
Princess Anies : Moi, quand du côté humain ça se passe bien avec un groupe mais que j’aime pas ce qu’ils font je leur dis. A l’inverse, les gens que je préfère, c’est ceux qui viennent me voir pour me critiquer.
Tepa : Y a des gens qui croient que tout ce qu’ils font est bon et qui accepte pas les critiques. C’est des gens qui avanceront pas. C’est chaud aussi les critiques parce que pour être artiste, il faut être reconnu par les autres. L’artiste on lui dit qu’il ne sera artiste que si les autres lui disent qu’il l’est mais aussi que pour être artiste, il doit créer un truc original, qui lui est propre mais qui va pas forcément plaire à tout le monde. C’est pour ça que l’artiste va être blessé dans son ego quand tu vas lui faire une critique.

Y a-t-il des intégristes dans le rap français ? Des gens qui veulent que le rap soit fait de telle façon et pas autrement ? Des gens qui disent que c’était mieux avant etc…
Princess Anies
 : Moi je suis plutôt d’accord avec le fait que c’était mieux avant. Je suis pas dans le rap depuis super longtemps, mais c’était quand même mieux que ce que c’est maintenant. C’était un autre esprit, meilleur, pas « je me la raconte »…
Tepa : La valeur artistique était plus mise en avant. Un mec qui savait pas rapper avait peu de chance de sortir un disque alors que maintenant ça veut plus rien dire du tout.
Princess Anies : On se répète mais le business a pris le dessus sur l’artistique.

Et par rapport aux mecs qui disent que le rap doit uniquement venir des cités ?
Princess Anies
 : Pour moi, c’est de la connerie. Un mec du 16ème peut raconter ce qu’il vit, pour moi y a pas de problème. Mais s’il se met à dire « C’est la galère etc… » : c’est pas authentique.
Princess Anies & Tepa : Si c’est authentique et qu’artistiquement c’est bien, y a pas de souci.
Tepa : Le rap a apporté quelque chose de super important aux personnes défavorisées. Jusque là, la musique était un privilège des riches, c’était les seuls à pouvoir se le permettre.

Y a des groupes qui ne défendent que leur bout de steak, qui ne veulent pas que les autres passent… C’est aussi un peu de l’intégrisme.
Tepa 
: Tout le monde fait ça. Je suis pas d’accord, c’est pas de l’intégrisme. J’ai pas envie que d’autre gens viennent manger mon steak, il est déjà pas gros.
Princess Anies : C’est comme si BMG (maison de disque du groupe NDLR) fait une compile : ils ne vont pas prendre des artistes qui ne sont pas BMG.
Tepa : Des mecs qu’on ne connaît pas, on peut avoir envie de les prendre parce qu’artistiquement ils sont bons mais si c’est des cons, tant pis ! En plus, avec la mentalité qui est là en ce moment : y a des groupes, tu les aides à monter et une fois en haut ils te crachent dessus. Après, tu as moins envie d’aider. Tu as plus le réflexe de resserrer les rangs.
Princess Anies : Y a des groupes qui me contactent pour que je pose un truc pour un de leur projet. Si j’apprécie ce qu’ils font, y a pas de problème. Après les mecs, ils te font déplacer à l’autre bout de Paris à tes frais, y a pas de contrat, je touche pas une thune, ils font leur promotion sur mon nom et après il me donne même pas le cd ou la mix-tape !!!!! Et après, ces gars là ils te disent « Princess Anies, elle se la raconte ». Maintenant, ceux qui s’occupent de moi me disent d’arrêter de faire la Mère Thérèsa du rap français, il me dise de dire non à certains projets.
Tepa : Y a des mecs qui te diront qu’on se la pète… Mais faut voir dans quelles conditions ils veulent nous faire enregistrer !! Y a pas de contrat, y a pas de matos, le son est pourri…
Princess Anies : Tu fais le truc et t’es même pas content de ce que tu as fait. Après on te dit que c’est pas bon mais faut voir les conditions des fois.
C’est clair que les gens n’ont jamais l’envers du décor.

Vous êtes énormément présents sur les mix-tapes justement. C’est votre politique ?
Tepa 
: Même pas ! On est vachement sollicités pour en faire et on les fait pour rendre service. Mais y en a trop qui une fois que tu as enregistré le morceau, le DJ te rappelle jamais pour te donner la mix-tape… Je dis le DJ mais c’est même plus eux qui les font ! C’est n’importe qui maintenant.
Princess Anies : Le mec il se rajoute un DJ devant son nom pour avoir de la crédibilité alors qu’il n’a jamais touché une platine ! L’esprit et la culture Hip Hop se perdent.

Petite pause du à un changement de MD pour l’enregistrement… Nous abordons des sujets plus légers avant de repartir dans le vif du sujet…

 Vous êtes connus en Province ?
T: Ouais je pense.
A: Je voudrais préciser qu’on a un certain public, justement malgré le fait qu’on ne passe pas sur les réseaux nationaux. On est avec D.ABUZ, on a déjà fait des tournées tout autour de la France, pour l’Invincible Armada, l’album de D.ABUZ ou juste des concerts comme ça. Et on a quand même vraiment un public. Bon c’est pas le grand public avec des gamines de 12 ans, c’est un public de connaisseurs. Mais pour reprendre un truc qu’à dit FABE en interview: « J’préfère avoir 30 personnes qui viennent me voir en concert que voir 2000 petites gamines de 12 ans. »
T: Ouais enfin on préfère avoir 2000 personnes aussi (rire)
A: Mais si c’est pour plaire au public de Yannick, ça m’intéresse pas.
T: Mais déjà par rapport à nos textes je pense pas que ce genre de public va kiffer…
A: On a un certain public. On a fait l’Algérie, Abidjan, normalement on devrait faire le Canada, on a fait la Suisse, l’Allemagne. On est invité dans pas mal de choses. On a fait plus de 300 concerts.
T: 350 même !
A: Bon moi j’en ai fait un peu moins, vu que je suis arrivée entre temps dans le staff, mais j’en ai au moins fait 150.

Vous faites plus de concerts hors de paris ?
T: C’est simple. A Paris dans les 5 dernières années, on doit les compter sur les doigts de 2 mains ! Alors qu’en province c’est un truc de ouf, on tourne grave !
A: On fait un peu la banlieue, pour rendre service, mais en plus y’en a peu à Paris car ça part souvent en couille. En province, tu vois l’esprit comment il est, il est vraiment différent de Paris.

C’est des initiés ?
A: Ouais c’est pas les mecs qui y vont pour foutre la merde ! Sauf dans certaines villes…

Mais c’est hyper important ces concerts, en plus les premières parties peuvent servir de tremplin pour d’autres groupes…
A: C’est clair, mais tu vois après nous on a fait des concerts sur Paris, et normalement dans les concerts, ça ce passe bien, on a la patate et tout. Mais tu fais un concert en province et tu fais le même à Paris, ça aura pas le même impact ! Tu verras comment le public est…
T: Les gens de province sont moins blasés.
A: Déjà souvent à Paris t’as plusieurs groupes qui jouent, et t’as des mecs, quand t’es pas leur pote, ils restent froids. Leurs potes arrivent : ils se déchaînent.
T: Tous les autres même si c’est de la tuerie, ils font la tête, ils disent rien !

Des amis bretons on fait des scènes avec vous à Rennes et St Brieuc. Et ils ont dit que vous avez mis le feu…
T: Mais le public de Bretagne c’est le meilleur de France ! On peut le BIG UP le public de Bretagne ! Ils connaissent le son, ils aiment la musique.
A: Ils viennent pas se la raconter et voir leurs potes. Ailleurs, y en a qui prennent un billet pour te voir et ils foutent la merde !
T: C’est quoi le délire ?! Tu payes 100 balles pour foutre la merde ?! (Soupir)
A: Moi si je vais voir Mickael Jackson, que je paye 100 francs, c’est pour voir ce qu’il fait ! C’est pour kiffer ! On a vu des groupes, ça nous est pas encore arrivé, mais on a vu des groupes se faire insulter. Des mecs qui payent pour insulter le gars ! Pourquoi ils vont le voir ?
T: Mais ça c’est l’esprit en France ! Car dans les autres pays, y’a le respect de l’artiste. Par exemple aux Etats-Unis. Quand t’es sur scène, il faut que t’assures, si t’es pourri tu te fais jeter ! Par exemple à l’Appolo. Le principe c’est qu’on te distribue des tomates à l’entrée. Quand les mecs passent, si c’est pourri, ils prennent les légumes… Mais s’ils assurent… Tous les grands sont passés là bas. Mais en France c’est même pas ça, c’est « qui t’es ? »
A: Ouais, d’où tu viens, qui t’es ?
T: Genre, t’es de mon quartier, tu sais même pas rapper… les mecs von dire « ouais c’est de la bombe… »
A: Et de même les Américains quand ils viennent en France ils sont vraiment déçus ! Pourtant la France c’est le deuxième pays du rap. Maintenant ils préfèrent aller en Allemagne, car l’esprit n’a rien à voir.
T: Les Allemands savent mieux se comporter.

La Suisse aussi.
T: Grave !
A: La Suisse c’est mortel.
T: Dans les autres pays d’Europe, la mentalité ça n’a rien à voir avec la France !

Et vous pensez pas aussi que la France a crée SON rap ?
T: Ouais mais en France y’a deux catégories de groupes. Les groupes signés / les non signés et les groupes de province / de Paris. Dans les mentalités, ce qui ne vient pas de Marseille ou de Paris, c’est de la merde. Avec en plus quelques cas isolés comme KDD ou NAP. Les mecs de Paris, ils ont le syndrome « J’me la raconte » et je méprise tout ce qui n’est pas parisien ». Et les Marseillais c’est la même chose dans le sens inverse. Quoi que les Parisiens ne détestent pas spécialement les Marseillais, mais c’est un sentiment qui commence à monter à Paris.
Et donc quand on va en province, qu’on parle avec les petits jeunes, qu’est ce qu’ils disent ? « Oh ben vous êtes les premiers avec qui on discute » car en général les groupes il passent en speed et ils s’en foutent complètement.
A: Comme exemple, y’a un groupe en tournée en province qui a jeté en les insultant deux petites meufs de 14 ans qui étaient venues pour des autographes. L’histoire est montée à l’oreille des plus grands…
T: Apres t’arrives en province, t’as des groupes ils sont un peu vénères d’office ! Mais en parlant avec eux, quand ils voient qui t’es, ils t’apprécient pour ce que tu fais pas pour qui tu es, pas comme à Paris. Donc quand on nous propose des concerts en province on est content, à Paris on est tendu, y’a le stress. Faut pas y aller tout seul…

Mais bon en même temps les ¾ des gens n’écoutent pas vraiment de la musique. Ils écoutent ce qui passe et ils cherchent pas plus loin…
A: Ouais c’est des moutons (rire)
T: Les vrais passionnés y’en a peu.

Mais ça vous a jamais démotivé ? Car moi avec mon ancien site quand j’ai vu que les ¾ des mecs venaient juste pour les MP3 et qu’ils s’en battaient du reste, j’ai faillit tout arrêter.
A: Pareil dans le rap. Regarde moi y a 1 an j’ai faillit arrêter. Les ambiances hip hop, ça m’a saoulé !
T: Au final, on veut plus dire qu’on fait partie du rap car ça a tellement une connotation négative. Maintenant quand on nous demande ce qu’on fait moi je réponds « j’fais de la musique ».
A: Et pour moi c’est pire, je suis une fille ! C’est macho… Et quand des mecs de ma classe me reconnaissent et voient que je fais du rap, quand t’arrives et que t’as toute la classe qui fait « Yo Princess Anies… » (avec un faux accent caillera) pour se foutre de ma gueule, c’est pas bon. Les gens ont trop de préjugés.
Pour les médias, c’est leur avantage de mettre en avant des mecs qui se la racontent et qui portent tous les stéréotypes du rap plutôt que ceux qui ont un message et qui réfléchissent. C’est beaucoup plus risqué pour eux de mettre en avant un rappeur qui par exemple parle de politique… C’est beaucoup plus facile de mettre en avant la connerie que la conscience. En plus ça donne une image négative du rap.
T: Car si tu mets en avant un mec avec des messages, pour l’Etat c’est dangereux. Prends l’exemple d’un mec comme Kery (du groupe IDEAL J – NDLR). 113 ont été plus mis en avant parce qu’ils sont pas dangereux.
A: Mais tu mets Kery, il attaque la politique, il dénonce des choses…
T: Jamais il sera invité dans les émissions de télé car avec les idées qu’il a, la façon avec laquelle il pourrait débattre des choses ça ferait flipper les gens.. Jamais Skyrock a passé Kery comme ils ont passé 113. Et quand Kery passait sur Skyrock, c’était HARDCORE (Album : Le combat continue IDEAL J – NDLR), la version avec Method Man, c’était pas le « vrai » HARDCORE.

En plus c’est pas le morceau le plus explicite.
A: Ouais tu prends le morceau « Pour mes frères incarcérés », il dénonce le système, le milieu carcéral…

Comme le morceau sur les joints (« Un nuage de fumée » – NDLR)
T: Ben ouais.

L’ALBUM

Vous avez sorti un album y’a un an, quel est le bilan ?
A: Assez positif

Combien avez-vous vendu ?
T: On a dépassé 15 000 on arrive sur 20 000.
A: C’est pas mortel par rapport ce qu’on voulait faire, par rapport aux sorties précédentes comme « L’Invincible Armada » ou D.ABUZ (Le Syndikat – NDLR). Faut voir les conditions de sorties aussi. On est sorti au mois de juillet, juste après la Brigade, juste avant Pit Baccardi, on était boycotté de partout. A la FNAC, on a eu des changements de poste un peu partout, en plus comme c’était l’été ils étaient tous partis. Toute la programmation était déjà faite, et quand tu reviens en septembre ils te disent que l’album est trop vieux. Maintenant y’a eu un succès d’estime, l’album a eu un bon impact… qu’on a bien apprécié (rire) Big up à tous !

Vous avez eu des échos ? C’était un tremplin
A: C’est dans la continuité, avant les spécialistes on rappait depuis déjà longtemps, on avait déjà bien tourné, c’est un tremplin pour l’identité Spécialistes, même si on était déjà connu avant. Mais maintenant c’est sur ça fait une carte de visite.

11Et comment ça se passe avec votre maison de disque, vu que vous êtes chez BMG ?
T: Y’a beaucoup de gens qui critiquent. Au niveau du travail, on a beaucoup à leur apprendre et eux aussi ont à nous apprendre, c’est un échange. Tu travailles pas dans une major comme tu travailles dans un petit label. Et en plus, on a à leur apporter dans le domaine du rap car le rap a une façon de se travailler qu’eux ne connaissent pas. Maintenant, les mecs qui disent « c’est tous des cons, des carotteurs »… Faut arrêter de cracher dans la soupe. Souvent ceux qui les critiquent, c’est ceux qui se sont fait jeter ou ceux qui se sont fait carotte. C’est clair ! Ce discours là on l’avait y’a 10 ans quand on commençait parce qu’on se faisait jeter de partout.
A: Mais c’était des cons, car à l’époque, tu faisais du rap, c’était impossible d’être signé.
T: A l’époque on disait qu’on faisait du rap les mecs nous recevaient même pas. Faut savoir calmer le discours. Les maisons de disque c’est les professionnels de l’industrie du disque, si t’aspires à vendre des disques tu dois traiter avec eux, sinon tu vends des disques dans ta chambre…

Et la liberté de travail ?
T: C’est de la connerie, ils s’en foutent. Un artiste qui se fait diriger dans une maison de disque, c’est un artiste qu’est pas mur artistiquement. Et là, la maison de disque peut avoir une influence énorme sur son travail. Maintenant quand t’arrives comme nous avec une identité forte, qu’est ce que tu veux qu’une maison de disque influe sur notre identité ? Ils nous ont rien demandé.
A: D.ABUZ c’est flagrant ! 2 mois de studio, personne est venu. Ils ont confiance.
T: Quand t’arrives à un certain stade de professionnalisme, t’as ton identité. Tu crois que nous, un directeur artistique il peut arriver dans le studio et nous dire « Hé les gars changez la basse » (rire)

Et c’est vous ou eux qui sont venus vous chercher ?
T: C’est rare qu’ils viennent te chercher. Non, c’est nous qui sommes allé les voir. Mais c’est une histoire ancienne. Car la direction artistique de BMG c’est des gens qu’on connaissait quand on etait sur une autre maison de disque. C’est des relations. Et quand tu entends des mecs qui disent, « ouais la maison de disque elle a mal fait son boulot, ils sont pas passés à la radio… ». Des fois, la maison de disque ne peut rien faire car les médias et les maisons de disque ça n’a rien à voir. Si le media est surpuissant, les maisons de disque elles peuvent que lui lécher les pieds. Leur pouvoir est plus limité qu’on le croit. Demain si t’es directeur d’une radio, t’auras tous les maisons de disque qui vont venir te sucer.
A: Et en parlant du pouvoir des maisons de disque. En temps que rappeuse, j’ai eu beaucoup plus de presse que d’autres rappeuses qui sont dans des maisons de disque plus importantes. L’attaché de presse d’Universal est venue me voir pour me demander « Mais comment t’as fait pour être dans l’Express ? ». Et pourtant j’avais rien sorti comme disque.

PROJETS

Quels sont vos projets futurs ?
A: On sort un deuxième Spécialistes, moi je sors mon solo bientôt.

Le DA.SYSTEM devait pas sortir des maxis chaque mois ?
A: Ca va arriver… et chez DA.SYSTEM y’a aussi des choses de prévu « L’Invincible Armada 2 », ABUZ fait ses trucs, son album solo sous Ricardo Malone et il fait ses prods aussi, un maxi de STOR.K…
T: le petit ATIS

INTERNET

Vous allez sur internet ?
T: Tout le temps
A: Quand j’ai le temps et le moyen d’y aller, pour les mails et voir quelques petits sites.
T: Moi ça m’a toujours passionné.

Et vous pensez quoi des sites Hip Hop français ?
T: C’est toujours pareil, ça parle toujours de la même chose ou des mêmes gens.
A: C’est comme les magazines, ils mettent toujours les même en avant.
T: La majorité des sites sont axés sur ce qui marche.
A: C’est comme les journaux.
T: Y’en a des biens quand même. Basfonds.com par exemple (Un site qui vend des autoprods sur le net – NDLR)

Et vous avez des projets pour votre site ?
A: On a un projet pour ceux qui viendront sur le site, ils pourront nous envoyer leur maquette pour mettre les meilleurs sur les maxis du DA.SYSTEM.

Comme sur les « Section Est » de la CMP FAMILIA…
A: Ouais seulement que nous on a eu l’idée avant (rire). Non sérieusement, c’est comme pour l’idée de « L’invincible Armada » : un DJ qui fait ses prods… Sad Hill c’est le même principe mais nous comme on avait moins de moyens, c’est sorti après. Mais c’est pas grave, la vérité on la connait (rire).

Votre position par rapport aux MP3 ?
T: Par rapport à nous artistes, ça nous cause du tort. Mais en vérité, un bon album le mec il va aller l’acheter, sans se prendre la tête. Maintenant avec toutes les sorties qu’il y a, je comprends les petits mecs qui vont prendre des MP3, car ils ont pas les moyens de tout acheter.
Le problème des prix des CD’s ça vient de très haut. C’est un grand débat entre qui doit baisser ses tarifs, que ce soit l’Etat, les distributeurs, les maisons de disque. Mais si on décompose le prix d’un CD on voit que c’est l’artiste qui touche le moins et le distributeur (FNAC… – NDLR) qui prend la plus grande marge. Dans l’histoire l’Etat se sucre à mort, car lui il a rien fait dans l’album et il se sert, et y’a les distributeurs qui se prennent des marges et si le CD se vend pas ils te les renvoient, ils prennent pas de risque.
A: Et nous on se fait carotte (rire).
T: Et peut être que le MP3 ça va faire bouger tout ça…
A: Avant de finir, je voudrais parler de mon émission sur Générations (Radio parisienne 88.2FM – NDLR). C’est une émission tous les samedis de 11 heure à midi ça s’appelle « Génération 2000 », je collabore avec Bob, Sully et Olivier. C’est une émission assez intéressante avec des débats et des invités, c’est pas juste des rappeurs qui font leur promo et un freestyle. Cette radio elle va prendre du poids, va diffuser toute la journée… Mais ça sera dans quelque mois.

Dédicasse Spécialistes

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