Interview : James Delleck [Académie Hip Hop Français, octobre 2001]

Peux-tu nous raconter tes débuts dans le Hip Hop ?
J’ai commencé avec la danse. C’était le début du rap français avec Radio Nova et EJM, Solaar, Lionel D… C’est à cette époque que j’ai commencé à danser mais on ne pensait pas se mettre au rap, c’était juste un premier contact avec le Hip Hop. Le passage assez important, ça a été « La horde » avec Cassidy, Ill, Hi-Fi, Laddjah et moi. C’est là qu’on a décidé de s’y mettre sérieusement et ça a plutôt réussi à tout le monde.

Sauf peut être pour LADDJAH ?
A ce que j’ai cru comprendre, il a arrêté d’écrire et il se consacrerait plus à la prod. Mais je n’ai encore rien entendu.

Et de cette époque il reste des sorties ?
Non, on n’avait rien sorti, l’histoire de « La horde » c’était quelques concerts, où les gens semblaient apprécier, et surtout on squattait Générations (NDLR – Radio parisienne spécialisée en Hip Hop) car leurs locaux étaient dans l’hôpital d’Ivry, à coté de chez moi, donc on grattait souvent la bas, à l’époque où Mark s’en occupait. Il nous soutenait bien, on faisait des maquettes vraiment Lo-Fi sur K7, on se débrouillait pour les mettre sur DAT et il les passait. Il faisait ça juste parce qu’il aimait : on n’avait rien sorti, il n’y avait aucune idée promotionnelle derrière. Donc le peu de gens qui connaissent la Horde, c’est uniquement par Générations vu qu’on n’avait même pas fait de mix-tapes. D’ailleurs, des fois des mecs m’en parlent encore car ils avaient dû enregistrer ce qui était passé à la radio.

Et comment s’est fini « La Horde » ?
Ca a un peu explosé pour différentes raisons : on commençait à plus trop s’entendre humainement et artistiquement, on avait sûrement envie de travailler individuellement. J’ai toujours gardé de bons contacts avec Laddjah, avec les autres on était un moment un peu en froid quand ils étaient dans leur délire un peu pro-black. Mais je pense pas qu’ils le soient toujours aujourd’hui et ça n’empêche pas quand on se croisait, on s’est toujours dit bonjour (et aujourd’hui encore). Mais de toute façon, après Ill et Cassidy ont fait X-Men avec HIFI au début. Laddjah et moi on est resté en solo, puis il a rencontré LAFRAZ avec qui il a fait AKT[é]FRAZE.
Ensuite y’a eu « Le secret sous E-Crew » avec AKT[é]FRAZE et Etat Second. En revanche, là on a sorti quelque chose sur une tape de CUT KILLER, « Freestyle 2 – Volume 2 banlieue ». Le morceau était plutôt pas mal d’ailleurs. Sinon à l’époque, j’avais fait un morceau sur la compile « Police » mais c’était en solo.

Depuis le début t’as gardé le même pseudo ?
Au début de la Horde, c’était ARRACHIS mais vers le milieu de La horde c’est devenu James Delleck. Maintenant ça ne me viendrait pas à l’esprit de m’appeler P.Diddy (rires), mais bon les gens changent de nom que pour des histoires de contrat… pour s’afficher avec P.Diddy comme nom, faut vraiment être sur que tu vas gagner de l’argent derrière (rire).

Entre le morceau « Police » et ce que tu fais maintenant il y a eu une vraie métamorphose, comment s’est faite la transition ?
Totalement naturellement, ce n’était pas forcé. Il n’y a même pas eu de changement de référence musicale car en fait c’est Redman qui m’a donné envie de rapper. Entre temps, j’ai pas senti de grand bouleversement, c’est plus une évolution. J’ai 27 ans maintenant donc c’est normal que je fasse des trucs différents de ce que je faisais à mes débuts.

Comment t’es-tu mis à la prod ?
J’étais saoulé de ne pas avoir ce que je voulais, à chaque fois je devais aller à droite à gauche pour travailler donc quand j’ai pu arriver à avoir mon matos je n’ai pas hésité. C’était une nécessité de pouvoir faire ce dont j’avais envie.

Et d’où te vient ce goût pour la musique électronique ? Ca c’est développé quand ?
En fait c’est quand j’ai entendu « Wicked » de General Levy, à l’époque j’étais anti-musique électronique, j’étais homophobe, j’étais un peu con en gros, en plus d’être à Vitry ca n’arrange pas non plus. Après avoir écouté ce morceau, ça c’est un peu … réglé (rire). Bref ça m’a tué. A l’époque, c’était considéré comme de la techno et ça m’a ouvert sur plein de choses. Je me suis intéressé à Björk dont je suis toujours fan et à d’autres trucs assez « électronisants ».

Maintenant tu te considères comme un artiste Hip Hop ou plutôt comme un artiste inclassable ?
Pour moi c’est simple, par contre c’est plus compliqué pour les gens. Personnellement, je me considère en tant qu’artiste tout simplement et j’essaye d’avoir plusieurs couleurs dans mes sons. De toute façon, ma racine est Hip Hop. Et maintenant je pense que je suis en train d’évoluer consciemment vers autre chose mais même si je me dirige vers des sons qui ne sonnent peut être pas « Hip Hop », étant donné qu’il y’a un MC dessus, ça l’ait. Et pour revenir à ton public, t’as un peu le cul entre deux chaises, pour certain c’est pas du rap, ou alors c’est du rap branchouille… Tes détracteurs pourraient dire que tu ne fais que surfer sur une mode ?
Pour ça l’avenir dira qui a raison, personnellement ce que je veux faire c’est des trucs qui me plaisent. Ça à l’air super teubé ce que je dis car c’est très banal mais en même temps tout devrait être comme ça. Je ne me préoccupe pas spécialement du résultat, j’ai même pas peur de me manger ou quoi vu que mon but c’est pas de faire l’unanimité mais de faire ce qui me plait avant tout.
Bizarrement je faisais beaucoup plus l’unanimité au temps de « Police », et pas que dans le public Hip Hop, je parle en général, alors que maintenant en touchant à divers styles justement j’ai perdu en « popularité ». Quelqu’un qui a l’habitude d’écouter du rap français et qui écoute « C’est in » ou « Aère » pourrait se dire que c’est opportuniste, branchouille mais en fait c’est un aboutissement.

D’ailleurs, tu as déjà posé sur des sons plus classiques.
Voilà c’est ça qu’ils n’ont pas compris, c’est que je l’ai fait à l’époque donc pour moi c’est le passé.

Comment tu vois la scène rap français ?
… (soupir) Je n’ai rien contre personne. Mais étant donné que j’essaye d’amener une certaine ouverture d’esprit, je ne vais pas commencer à être sectaire et classer les trucs, ça serait paradoxal et contre mes principes. Je ne suis pas contre les rap racaillieux ou le rap de Gyneco, ou encore le rap marseillais. S’ils vendent, c’est qu’il y a des gens qui apprécient, donc quels tords ils auraient de ne pas le faire ? Maintenant comme dans tout, il y a des trucs mauvais, d’autres qui sont mieux.

Et tu apprécies quoi en rap français ?
J’aime des trucs un peu décalés, par exemple, un truc que je ne ferai jamais mais que j’adore, c’est JAVA. Au niveau de l’écriture, c’est énorme. J’aime pas pour le délire guinguette mais vraiment pour les textes qui me parlent trop. Pareil pour Léguman de TTC.

Mais là on reste dans une scène, comme tu as dit « décalée », qu’en est il dans le rap plus classique ?
Tout de suite ça me parle moins car je trouve ça plus puéril, peut être que du haut de mes 27 ans je capte moins les délires braillages. C’est peut être parce que je suis trop vieux et pas parce que c’est naze. Apparemment, ça plait aux jeunes, par contre il faut savoir qu’avant, les jeunes kiffaient les boys bands, maintenant tu les entends plus (rires). C’est quand même ce qui c’est passé : quand les boys bands se sont cassés la gueule, toutes les petites meufs et les gars de banlieue ont arraché leurs posters de boys bands pour mettre les posters de R.A.P magazine à la place. J’espère que les mecs qui sont posterifiés en ont conscience car sinon ils vont se prendre un gros revers : il ne s’agit que de mode. Quand tu plais à un public jeune, c’est forcement éphémère.
Ce qu’il faut, c’est construire son public pour voir sur le long terme. Déjà les ventes de rap se cassent la gueule, quand tu vois que Gynéco trime pour vendre son dernier album alors que son premier a fait 1 million (cequi est un record en rap français). J’espère qu’ils en sont conscients.

On pense justement la même chose :  la majorité du public ne cherche pas vraiment la musique, ils ne sont pas « passionnés ».
Ben ouais, c’est une autre attitude qu’avant. Déjà à l’époque, le rap n’était pas mis en avant donc tu devais chercher par tes propres moyens en allant fouiller les bacs…
C’est comme pour les soirées, la démission des DJ’s Hip Hop en France c’est impressionnant. Je pense que 99% des DJ’s réfléchissent comme ça et passent les morceaux connus pour faire danser les gens. Alors qu’avant c’était le contraire, ils passaient des inédits, des remix dans un but de découverte. En France pour les soirées DJ, t’allumes ta radio c’est pareil, tu te fais ta soirée. Alors qu’en Suisse ou en Allemagne le public est plus ouvert. En France, c’est juste un esprit boite de nuit, ça n’a plus rien à voir.

On était un peu trop jeune pour avoir vécu cette époque (rires)…
C’est aussi bien, comme ça tu ne te dis pas que c’était mieux avant. D’ailleurs c’est horrible cette expression (rires), il vaut mieux se dire que ça sera mieux après. J’attends vraiment que tout se casse la gueule pour mieux repartir.

A ce titre pour moi, ce qui tient le rap en France ces temps ci, c’est Skyrock, c’est le TF1 du rap !
Il fut un temps ou l’ennemi c’était la maison de disque car ils contrôlaient ce que tu faisais, maintenant les maisons de disque sont juste la pour se faire du fric, donc ceux qui trahissent le mouvement et une certaine éthique de qualité maintenant c’est TF1, M6, Skyrock, ces médias qui passent toujours la même chose. Ce sont eux qui font que si demain on te demande ce que t’écoutes t’auras honte de dire que tu écoutes du rap car tu sais bien que la personne va t’associer directement à ce qui passe sur ces médias.

Personnellement, le seul que je trouve toujours bien maintenant c’est Disiz.
Normal car c’est une histoire « propre ». Y’a pas de secret, c’est « le faire pour toi et pas pour les autres ». A partir du moment où tu commences à penser à des stratégies de morceaux, c’est plus bon. Mais le pire c’est que certains finissent par faire des morceaux calibrés et formatés inconsciemment. Ce qui est intéressant, quand t’es conscient de ça (et puisqu’on en parle c’est qu’on en est conscient), c’est de jouer avec. D’ailleurs pour « C’est in », j’ai pensé à fond à ça, avec presque en tête de prendre les gens pour des cons.
Maintenant, tout le monde ne peut pas le prendre pareil, certains vont le prendre au premier degré… Le seul problème de ce titre, c’est qu’en étant affilié à cette scène un peu branchouille, avec le Batofar (NDLR – Boite de nuit « branchée »), certaines personnes qui auraient pu être capables de capter la blague, finalement vont prendre ça au premier degré genre « ah oui mais regarde, il a des cheveux, il ressemble pas trop à un rappeur, il passe au Batofar, il est peut être sérieux ». Mais là, ils sont complètement à coté de la plaque, à la base par exemple, j’ai des cheveux pour être « punk », avant j’avais toujours le crane rasé mais depuis 3 ans je suis rentré en résistance avec ça pour qu’on arrive à imposer un pluralisme. C’est pourquoi, sans même se connaître avant, on s’est rapproché avec La caution, TTC, Cyanure… Tout s’est fait naturellement.

Justement quand on voit ton parcours t’etais pas du tout dans cette mouvance.
Tout à fait, j’etais pas avant gardiste ou proche des autres. En fait, ce qui nous a rapproché c’est qu’à l’époque du « Secret » DJ Fabétait un peu notre DJ et on s’est retrouvé sur la première tape de Fab ou y’avait TTC. J’ai sympathisé avec Tekila en premier et avec lui on a voulu faire l’antre de la folie. Kerozen et La Caution je les connais que depuis l’antre de la folie, ca fait 2 ans, c’est récent.

Comment écris-tu ?
Je mets un temps fou pour écrire. Avant j’allais vite et c’était moins bien, maintenant je prends un peu plus de temps. J’ai l’impression d’arriver vraiment à décrire les images que j’ai en tête parce que j’écris vachement avec des images. Même pour des morceaux comme « C’est qui » qui semble assez freestyle, j’essaie de mettre des images pour que ça ne se limite pas à « Chuis fort comme Rambo, et j’explose comme les Twin Towers ». D’ailleurs on va faire un morceau avec Hustla, « Fils du guello » avec un faux rappeur « MC SLASH », le MC qui coupe (rire), et on va un peu le tailler car on pense qu’il représente pas mal de gens qui ne vont pas très loin.

C’est comme le MC DANGER MAFIOSO de Fuzati.
Ouais voilà.
Et sinon pour revenir sur l’écriture, je travaille beaucoup en rassemblant des mots, des bouts de phrase qui me reviennent, surtout la nuit d’ailleurs, et depuis j’ai même acheté un dictaphone. Bref, je répertorie un peu tout ça et quand j’ai envie d’écrire, j’ai des images qui me parlent.

D’ailleurs, on a bien aimé le morceau « Où sont les femmes » et en particulier la phrase « Et quand t’as la vision d’une rare déesse cachée, elle est 9 fois sur 10 trauma par un ex qui l’a gâchée ».
C’est du vécu. C’est pour ça que je compte toucher les gens car finalement ce que je dis n’est pas si compliqué. Par exemple sur « Aère » (sur la compilation « Projet Chaos » NLDR), ce sont des choses vraiment simples, tellement qu’on y fait même plus attention. On ne se rend même pas compte que les parcs c’est immonde, on est content d’y aller alors que c’est un truc fabriqué parce qu’on a plus de verdure et qu’on a foutu du béton partout. Faut savoir prendre du recul. Finalement tu ne fais pas du pseudo conscient en criant « On nous ment!! » et c’est beaucoup plus parlant.
Mais les meilleures idées sont souvent les plus simples et si tu prends le morceau « Le réverbère » où tu mets tes yeux dans un réverbère qui décrit ce qu’il voit en dessous c’est simple mais je trouve que c’est un morceau qui parle de la banlieue et des cités d’une façon efficace. Justement il est peut être là le vice parce que c’est fait de façon simple et que ce n’est pas caché derrière des pseudos effets de style. J’estime expliquer exactement la même chose que d’autres seulement j’y mets un plus de forme. Et c’est pareil pour « C’est in », où je me mets dans la peau d’un branché, ça ne parle peut être pas à tout le monde.

C’est le même thème que le morceau « Star Système » de TRIPTIK.
Par exemple, c’est pas si loin.

Je trouve ton morceau plus subtil.
C’est parce que c’est à la première personne, c’est un risque que je prends, mais en même temps je ne suis pas là pour tapoter le terrain donc quand faut foncer… Il y a plusieurs morceaux que j’aborde comme ça, c’est vraiment de la narration. Normalement dans mes textes, il n’y a pas de moral, chacun y voit ce qu’il veut.

On sait que tu fais toi-même tes prods. Les fais tu en parallèle ou indépendamment des textes ?
Je n’ai aucune règle de travail. Quand tu t’en mets, tu te coupes un peu. Par exemple « Le réverbère », j’ai mis du temps à le faire alors que « C’est qui » a été fait très vite. Le morceau « T’es qu’une … » c’est pareil, j’ai mis énormément de temps à le faire et pour celui là c’est la musique qui m’a déclenché. En entendant la boucle de guitare (qui sonne comme un egrenage), je me suis dit que c’était exactement ce qu’il fallait pour raconter la vie de cette meuf de banlieue qui est perdue dans sa vie. Peut être qu’avant je ne me serais pas autorisé à le faire mais depuis que j’ai vu « Requiem for a dream » je me dis que tout est possible, t’as le droit de tout dire.

Et tu aimerais travailler avec d’autres producteurs ?
Ouais tout à fait, c’est ce qui se passe avec l’Atelier, on travaille avec Para One, Tacteel. Dans l’Atelier en fait tout le monde travaille le son : par exemple on a fait un morceau totalement live avec un jumbe et une flûte qui tape dessus. L’Atelier, ça va vraiment être un truc…différent. On fait tout pour que rien ne sorte donc normalement t’as rien du entendre encore. Ca fait bien 6 mois qu’on a commencé, on se donne encore bien 6 mois, mais en fait il n’y a aucune stratégie, on verra plus tard ce qu’on garde ou pas. Pour l’instant, ça reste vraiment un atelier, ludique.

Et avec des producteurs extérieurs au cercle Atelier / Kerozen ?
Des étrangers par exemple, déjà en rêve total si je termine ma carrière avec Björk, il y aurait vraiment une page de tournée. Sinon un peu dans le même trip, en featuring j’aimerais bien faire des trucs avec le chanteur de Radiohead. Mais bon à part EL-P, c’est pas vraiment des collaborations très Hip Hop, car sinon c’est toujours délicat, on peut toujours se demander s’ils font ça par intérêt ou vraiment parce que ça les touche. Par exemple si Björk voulait faire un truc avec un petit James Delleck qui est dans le gouffre, ça serait vraiment parce que ça l’intéresse.
Mais sinon en terme de prod dans ceux que j’apprécie, il y a El-P : il me donne une impression de facilité assez déconcertante. Quand tu écoutes ce qu’il fait t’as l’impression d’écouter un classique alors que tu l’entends pour la première fois, c’est un peu un mystère pour moi. Mais sinon je ne suis pas trop DJ Premier… En France, Flash fait des très bon son mais il me semble pas inaccessible donc…

Sur l’album on peut s’attendre à des prods extérieures ?
Je pense que ça sera vraiment quelque chose de personnel et ça sera voulu, donc même au niveau des featurings y’en aura peut être qu’un ou deux au maximum. Peut être parce que je conçois le premier album solo comme ça, je ne suis vraiment pas du tout chaud pour les albums qui se vendent pour leur featurings et puis j’ai déjà trop de chose à raconter, j’aurais pas assez de temps en 74 minutes. Et puis pour les featurings, j’ai d’autres supports pour en faire, que ce soit avec Hustla, l’Atelier…

Quel bilan tires-tu de la sortie de ton premier maxi ?
Pour moi il est super positif, déjà c’était ma première vraie sortie en solo depuis le nombre d’années que je suis là, donc forcément je suis content. Bon quand il est sorti j’étais déçu, pochette à chier, mix qui ne me plaisait pas… Mais maintenant j’en suis super content et fier, il est sorti en 1999 on est en 2001, ça peut que me conforter et me dire que je suis dans la bonne direction.

Tu en as vendu combien ?
Je sais qu’il y en a eu 500 qui ont été pressés mais au niveau des ventes la dernière fois j’en étais resté à 350 à l’époque de la sortie.

Et t’as eu des retombées ?
Déjà ça officialise la chose. J’ai eu un peu de radio, je suis passé chez Poska à Générations (sourire). Concernant Funky Maestro, je ne les déteste pas, je suis en bon terme avec eux, mais je les considère comme une « droite conservatrice » alors que je suis « écolo » ou « anar » (rire). Mais on peut très bien polémiquer ensemble, ça se passe tranquillement : y a pas de mal, mais maintenant c’est sur qu’on est pas d’accord (rire). Et sinon niveau presse, j’ai eu des petites chroniques un peu partout. Maintenant tous les trucs que je sortirai après, ils ne pourront pas me faire des trucs en dessous d’une page (rire) et ils pourront plus me mettre dans la rubrique « underground » (rires).

Sinon tu es co-realisateur de la mixtape « L’antre de la folie » avec Tekilatex, tu pourrais nous en parler ?
C’est la meilleure chose qui se soit passée en France depuis des années (rire), sérieux, c’est trop fort. Quand on a décidé de faire ce projet, on était au Mac Do avec Tekila, tout ce qu’on avait « utopisé » s’est réalisé. C’était trop fort, tous les cons ont détesté (rires), il y a eu une vraie coupure entre ceux qui disaient qu’on allait « trop loin » que c’ était « n’importe quoi… », on l’avait prévu et ça donne une vraie impression de puissance quand t’arrives à prévoir les choses à ce point là. Tu te dis que les gens sont trop prévisibles (sourire).
Quand tu vois qu’ils sont tous tombés dans le piège et qu’ils n’ont pas du tout capter le délire et l’extrémité du truc, car l’idée c’est pas de dire que le rap en France ce soit l’Antre de la folie, c’était pas le but. Quand tu vois maintenant, un an après, où en sont les gens qui étaient dessus, on se dit que cette tape a été un putain de déclencheur, et je dis ça sans modestie car on est vraiment content de ce qui c’est passé. Les gens qui ne sont pas d’accord avec ça ils peuvent plus dire que ça marchera jamais… Il y a eu trop de retour. Toutes les cassettes sont parties et je ne crois pas qu’on ait envie d’en refaire, il faut que ça reste comme c’est. Les retours pour l’Antre de la folie ont été beaucoup plus importants que ceux du maxi car déjà tout seul c’était beaucoup plus difficile, et puis pour l’Antre, Kerozen ont un peu leur entrée partout donc ça a facilité le truc.

Mais même un an après on en entend toujours parler.
C’était tellement barré que c’est resté, Cyanure qui imite Brassens, la première apparition du KLUB DES LOOSERS…

Les morceaux ragga sur de la drum n bass…
En fait D-Tone, c’est le toaster qui était dans le groupe « La Relève » : c’est carrément un bon pote à moi donc je l’ai embarqué là dedans et Sangokwan c’est le mec qui toast avec D-Tone maintenant. Je trouve qu’ils rentraient bien dans le truc même si dans le texte c’était pas spécialement ça, la forme était bonne.

C’est comme les trucs de Roni Size…
Ah ben voilà ! Roni size il a toujours fait de la bonne drum ‘n bass et dans son dernier album, qui est sorti après mon maxi svp (sourire), il y avait Method qui rappait sur de la jungle. Je suis quand même super content, car tous les trous duc’ de conservateurs comme je les appelle, pour eux quand c’est Method qui le fait, ça devient tout d’un coup « mieux ». S’il avait gardé des MC anglais, ça serait passé inaperçu mais comme Method fait l’unanimité dans tous les milieux, ça passe…

Hypocrisie quand tu nous tiens… Sur l’Antre, on avait pu écouter le morceau instrumental « La genèse de Téthys » et sur Francemp3.com le morceau « La rage », tu penses sortir d’autres morceaux instrumentaux ?
Moi j’ai toujours voulu mais ce n’est pas du tout évident car en fait les morceaux ressemblent un peu à rien, c’est pas de la house… donc c’est vraiment pas évident et pour l’instant c’est pas quelque chose de prioritaire pour moi. En fait j’attends un déclic chez Kerozen au niveau de la distribution pour commencer à vraiment prévoir un album instrumental.

Ca sonne beaucoup comme des BO de film, ça correspond un peu à ta façon d’écrire d’ailleurs.
Ouais, tout à fait.

Et tu n’envisages pas de faire des BO justement ?
Si, ça peut être un putain de challenge, mais j’irai pas démarcher, il faut que le projet me soit proposé mais c’est clair que ça serait intéressant. Pareil pour faire des comédies musicales, qui amènent un autre aspect de la musique, les ambiances sonores comme ambiancer un musée… Mais pour ça faut déjà que je fasse mon trou et pour ça faut sortir des disques (rire).

Tu as fait des prods plus alimentaires pour d’autres artistes, dans quel cadre ça s’est fait ?
Par le biais de mon éditeur mais je m’en foutais, je le faisais sans trop envisager le truc. Par contre je ne le referai pas. D’abord parce que je compte pas vivre du Hip Hop, par exemple là ça fait un an et demi que je taffe chez Sony dans un truc électro pop avec un chanteur : c’est avec des projets comme ça que je compte gagner ma vie. Mais je ne referai pas de Donya… Et si y’a une meuf qui chante sur un de mes morceau ça sera pas pour qu’il passe mieux à la radio mais vraiment parce que j’aurais trouvé que ça apporte quelque chose au morceau.

Comment abordes tu la scène ?
J’espère l’aborder naturellement et être la même personne sur scène que quand je te parle là. Je pense que l’état d’esprit, s’il devait y en avoir un, il est identique quand je suis sur scène, que quand tu m’écoutes chez toi ou quand tu me croises dans la rue. Je ne suis pas du tout: vie privée / vie de l’artiste, il n’y a pas de coupure.

Mais tu amènes quelque chose sur scène, avec la guitare, le bontempi…
C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire et que je n’osais pas avant, maintenant que je suis vraiment seul et sur de moi, je tente. J’ai un peu l’impression que les groupes sur scène sont un peu tous les mêmes. J’essaye d’amener plus de live, je suis nul en impro donc je joue sur autre chose, que ce soit en amenant le bontempi ou la guitare. J’ai envie, si je me voyais, de ne pas voir quelque chose de fade et de banal.
Mais au passage le bontempi c’est infernal, j’ai pour l’instant jamais foiré mais c’est vraiment chaud à faire vu qu’il faut que je relance le beat toutes les 3 mesures, ca fait à chaque rime. Donc pour « Le réverbère » faut vraiment que je me concentre et qu’en plus j’interprète le texte pour pas que ça fasse récitation.
Pour en revenir à la scène, en juin au Batofar, c’était vraiment sincère je sentais qu’il se passait quelque chose donc j’ai été dans le public, c’est venu naturellement. Mais je ne m’enferme pas sur le Batofar, j’en profite car j’ai l’occasion d’y passer mais bientôt j’ai une scène à St Denis, je sais bien que les gens vont être moins ouverts mais c’est pas grave. Je suis passé à Vitry, j’ai fait « Haut de gamme » les gens s’en foutait et n’ont sûrement pas du capter mais si ça se trouve ça a touché deux, trois personnes.

Et quel rôle a Detect, ton DJ ?
En concert c’est comme JP le guitariste, c’est un musicien il a un rôle précis par exemple sur « D-Tek-T » il envoie le « whou whou » et sinon c’est mon DJ officiel donc pour tout ce qui est scratchs sur les morceaux, c’est lui.

Pourrais-tu nous parler de Projet Chaos ?
Je suis content d’une chose, c’est qu’il y’a des milliers de gars qui te proposent des plans mixtapes… mais c’est toujours à toi de te bouger, de faire ci, de faire ça et ils usent de superlatifs pour faire genre je ramasse que les miettes, là ça c’est passé comme ça, le gars il n’avait pas de moyen… mais il l’a amené au bout comme il le fallait, donc respect. Des mecs comme ça t’en as des dizaines qui te disent qu’ils veulent le faire mais qui au final le font pas alors que lui il l’a décidé et il l’a fait. Il n’a pas eu tant de temps que ça pour le faire, ça doit faire 1 an qu’il avait l’idée et tout c’est fait en 6 mois, il est actif. En plus je suis content vu que j’apparais trois fois, j’ai mon morceau « Aère », je suis avec Hustla sur « PGS » et j’ai fait l’instru de TTC, bref je suis heureux et heureux que ce soit sorti là dessus.

Pourrais tu nous parler d’Hustla ?
Le jouage aka Mégafor est un mec de Vitry, c’est un pote que je connais depuis longtemps et qui fait mes backs sur scène. Il est talentueux et barré. Et il y a l’autre coté d’Hustla qui est plus conventionnel rap français, peut être que c’est un bon compromis, peut être que non, c’est une question que je ne me pose pas. Ce que je sais c’est que le Jouage est là et je pense qu’il va être amené à être plus présent. Les gens le boostent un peu pour qu’il taffe en solo. Maintenant je ne sais pas ce que fera Hustla par la suite car je ne connais vraiment que Fred.

Pour finir quels sont tes projets futurs ?
Donc déjà avant la fin de l’année 2001, le maxi, ça veut dire que si le maxi « C’est in » ne sort pas en 2001 il ne sortira pas car je veux l’album en 2002. Ou alors on le sortira en confidentiel mais a priori le maxi est prévu pour novembre.

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