Interview : Fuzati (Klub des Loosers) [Académie Hip Hop, octobre 2001]

10 octobre 2001

Peux-tu nous raconter vos débuts ?
Je connais Orgasmik depuis longtemps vu qu’il habite à coté de chez moi, lui était à fond dans la fonce-dé, moi dans les études et je rappais dans mon coin. La formation du Klub des Loosers date de Lantre de la folie, notre premier morceau, ça va faire 1 an ½ que le nom est déposé.

Ah vous avez vraiment déposé votre nom ?
Oui, comme Fuzati, c’est une marque déposée.

Peux tu te présenter ?
Avant de me présenter j’aimerais rappeler que nous sommes deux, DJ Orgasmic et moi, à ce titre c’est pas simplement « le DJfait les sons et le rappeur rappe », il y’a un vrai travail de groupe, on fait les choses à deux. D’ailleurs on a enfin notre matos donc on va pouvoir travailler sérieusement.
Pour revenir à Fuzati, on peut dire qu’il y’a tout un coté personnage mais je pense qu’à partir du moment où tu écris, tu prends une certaine distance, c’est pourquoi je porte un masque et des gants quand je rappe, il ne s’agit pas forcément de moi : c’est Fuzati. La scène en est le meilleur exemple, la dernière fois au Batofar je ne me souvenais plus de ce que j’avais dit pendant les 20 minutes du show, j’avais comme un voile noir et je ne m’en rappelle d’ailleurs toujours pas. Sinon je trouve qu’il y’a un coté enfantin dans Fuzati, comme un enfant qui découvre la vie et qui est déçu, on pourrait dire que c’est un peu un Forest Gump désenchanté.

Tu t’intéresses à d’autres disciplines du Hip Hop ?
Je tag un peu sur feuille mais je n’ai aucun talent (rire), je scratch vite fait chez Orgasmic il n’y a que la danse que je n’ai pas essayé, mais oui toutes les disciplines m’intéressent.

Quels sont tes goûts et tes influences musicales ?
J’aime beaucoup MF DOOM qui représente vraiment pour moi la conception que je me fais du Hip Hop, c’est à dire un sample, un beat par-dessus et tu poses en une prise, c’est efficace. Sinon j’aime bien le dernier Bigg Jus, la west coast underground, Freestyle Fellowship, la musique électronique, la musique brésilienne, le jazz, en fait je suis ouvert à tout du moment que ça me plait.
Orgasmic est aussi ouvert mais il est vraiment à fond dans la west coast underground, ça commence à arriver en France depuis quelques mois, mais lui il est dedans depuis longtemps, il y’a un an il était à San Fransisco… Ca se retrouvera sur ses tapes.

Quelle est ta source d’inspiration ?
Tout, la vie… Je trouve que trop de gens se limitent en voulant faire « Hip Hop » et ça finit par tourner en rond. A la base, je trouve qu’il n’y a pas de thèmes dit « Hip Hop », tu peux rapper sur ce que tu veux, tout peut être fort mais pour ça, il faut avant tout y mettre de la créativité.

Certains critiquent ton flow qu’ils jugent inexistant, qu’en penses-tu ?
Les gens me cassent souvent les couilles avec ça mais je trouve que mon flow colle justement très bien aux paroles, car ce n’est pas tout d’être super technique il faut que ça s’accorde avec ce que tu dis. Par exemple, j’écoute beaucoup de west coast underground, je pourrais très bien copier un petit flow west coast inconnu.
Sinon j’essaye dans mes morceaux de mettre en avant la compréhension, de façon à ce qu’à la première écoute tu ais pratiquement tout compris. On peut trouver mon flow facile … et encore des fois il y’a des enchaînements sur 4 – 5 mesures et il faut les tenir d’ailleurs si vous avez remarqué, je ne suis pas essoufflé lors des concert.

Tu ne bouges pas beaucoup aussi.
Oui c’est vrai, cependant en France les gens jugent souvent la force d’un show aux mouvements des mecs sur la scène, pour ma part j’essaye plus d’apporter un coté spectacle comme le fait par exemple Gonzales, maintenant les gens sont peut être moins réceptifs.

Lors des émissions Grek Frites ou des concerts, on a pu se rendre compte de ton potentiel au niveau de l’impro et des clashs, quelle place donnes-tu à l’un et à l’autre ?
Le clash, ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus car tu peux préparer tes phrases à l’avance et puis vanner quelqu’un ça peut devenir lourd à la longue, mais ça peut être marrant. Il y’a eu de bons clashs à Grek Frite avec Tekila, où il a bien perdu d’ailleurs (rire), mais un clash comme celui de Sheryo/Asken ça ne m’intéresse pas.
Par contre l’impro je kiffe beaucoup plus car tu n’as pas de limite. Quand t’écris un texte tu perds au niveau du flow, de la spontanéité… ça m’est arrivé de faire des impros de ¾ d’heure, c’est vraiment ce que j’aime. Cependant en France je trouve qu’il n’y a pas beaucoup de bons improvisateurs. Ill est super fort en impro, il arrive à allier le flow à un contenu.

Y’a t’il un concept avec le Klub des loosers ?
Non, il n’y a pas vraiment de concept, je ne me force pas à développer une image de moi en disant des choses horribles ou tristes, c’est plus notre vision de la vie, on ne cherche pas à faire des « thèmes ». Maintenant on ne peut pas empêcher les gens d’avoir une image de nous, d’un coté c’est même utile ça donne du poids au personnage, mais c’est pas fait de façon volontaire.

Ca n’empêche pas les gens de te cataloguer et de t’attendre sur un registre.
Nous sommes encore un jeune groupe les gens ne connaissent pas toutes les facettes du Klub. D’ailleurs on peut dire que « Baise les gens » sur Projet Chaos est réellement notre premier morceau, on a fait l’instru en coproduction avec Para one car on avait pas le matos. Les autres sont des morceaux de mixtapes fait à la va vite ou enregistrés dans ma chambre, même s’il y’a l’esprit ça reste des morceaux vite faits.

Où te situes-tu le Klub dans la scène rap français ? Et te considères-tu comme un artiste ?
Ca fait très présomptueux de dire « je suis un artiste », je me considère comme un artiste mais dans le sens le plus neutre du terme. Concernant la scène rap français, je ne la calcule pas du tout en ce sens où je ne me situe pas par rapport à elle et que je suis pas non plus en opposition avec. La plupart du temps, étant donné qu’on fait un rap un peu différent, on essaye de nous opposer au rap français, mais j’aime bien des trucs comme Lunatic, 113, je ne suis pas opposé à eux, je trouve dommage qu’en France il n’y ait pas de la place pour tout le monde. Aux Etats Unis les scènes mainstream ou les scènes underground ont chacun leur public, en France il n’y a pas de scène expérimentale par exemple. Je me considère comme faisant partie de la scène Hip Hop mais maintenant les gens mettent l’étiquette qu’ils veulent.

Que penses-tu de la réaction des gens à propos de votre musique ?
Il n’y a qu’une chose qui m’intéresse c’est faire de la musique, le reste je m’en bats les couilles, donc les réactions je ne les calcule pas ! Le seul truc qui me saoule c’est quand on ne comprend pas ce que je veux dire. Pour moi il y’a trois niveaux de compréhension, tu as celui qui entend de la musique, celui qui l’écoute et celui qui « réfléchit ».
Celui qui ne fait qu’entendre les morceaux va retenir des images hardcores, ça peut l’amuser s’il a l’esprit trash ou au contraire le choquer. Celui qui écoute ne va pas s’arrêter aux images mais voir les phases, il va comprendre ce que je veux dire, maintenant il se peut qu’il ne soit pas d’accord. Enfin y’a le troisième niveau de compréhension, le plus difficile, qui se base sur tes expériences personnelles et fait que par exemple un morceau comme « Baise les gens », qui traite de la misanthropie, te parlera si tu partages cette vision de la vie.
D’un coté je préfère que les gens aient une réaction plutôt qu’ils restent inertes en écoutant nos morceaux, cependant leurs réactions ne changeront pas la vision de mon travail, quand je fais quelque chose que ça plaise ou non, je m’en fous.

On parle beaucoup de vous sur internet, quel est ton avis là dessus ?
On parle beaucoup de nous sur les forums alors que je ne poste jamais, à part une fois pour calmer un mec qui s’était enflammé. Je ne sais pas pourquoi on parle autant de nous et ça a même tendance à me saouler, on a fait que quelques morceaux ils pourraient très bien parler d’autres gens. En plus je trouve que les forums n’apportent rien aux artistes ou au Hip Hop, les gens ne parlent pas musique, ils ne font que vouloir imposer leurs goûts musicaux aux autres ou faire des critiques faciles. Concernant le contact avec les artistes je trouve que ça casse la barrière qui existait entre lui et le public, et certain finissent par prendre la confiance, ils viennent te voir pour te dire « Salut je n’aime pas ce que tu fais ! Na ! » et repartent comme ils sont venus, comme si leur avis avait un quelconque intérêt…
Sinon j’ai aussi eu l’impression que certains gars sur internet étaient des rappeurs ratés et qu’à leurs yeux rien ne trouvait grâce. Maintenant peut être qu’internet n’est pas encore arrivé à maturité.

En plus les gens qui postent sur les forums restent une minorité.
Tout à fait, c’est pour ça que je prends tout ça de façon très détachée. On est encore un jeune groupe et ça fait quand même bizarre au début de voir ton nom un peu sali, mais après tu finis par faire abstraction de tout ça. C’est quand même assez lourd, on a posé que deux morceaux et on a déjà à gérer tout ça, ça finit par devenir un travail.

Ce n’est plus une passion ?
La passion je l’ai quand j’enregistre mais ça représente 1% du travail, après tout le reste c’est du taff, quand tu prépares un concert, que tu gères tes affaires, quand t’es présenté aux gens, ça devient un taff. Mais quand je dis que c’est un travail je parle au niveau du temps que ça te bouffe et du sérieux que ça nécessite, car par contre je ne compte pas vivre du rap, j’ai mes études à coté…
Je trouve ça triste de penser qu’on peut en vivre, surtout en France, ou alors c’est vraiment pour faire de l’argent, c’est un choix à faire. Le meilleur exemple c’est les groupes west coast underground, les mecs s’en foutent de faire de la thune, un groupe comme Mystic journey men ont fait 6 albums sur cassette, pareil pour Freestyle fellowship ou anticon. J’espère qu’on pourra travailler dans cette optique là, en ayant le control de A à Z, et pouvoir sortir des choses de qualités.

Vous avez posé sur Projet Chaos qui est une initiative de Roméo Buscemi (Waxexpress), vous allez signer chez eux, peux-tu nous en parler ?
Aux Etats Unis y’a Fondelem qui est un pur label et pour moi Waxexpress est en train de devenir ça. Buscemi défonce dans son domaine car il a pris un créneau inédit, il a un bon catalogue à de bons prix, ça change des disquaires où tu as vraiment l’impression de te faire arnaquer, je suis pas DJ mais j’achète autant, voir même plus, de disques que la plus part des DJ’s de Paris. Donc on a signé chez Wax et Buscemi est quelqu’un de très carré.

Vos projets ?
Il va-y avoir une sortie du Klub chez Wax, on a enfin notre propre matos donc on va pouvoir taffer nous même nos prods et sinon ma passion première étant l’écriture je compte écrire des livres. Sinon Orgasmic est aussi dans le crew Metalcrabs avec DJ Fab et Detect.

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