Interview : Donkishot [Académie Hip Hop Français, mars 2002]

  Logo DKS  Quand et comment as-tu découvert le Hip Hop ? Es-tu passé par d’autres disciplines ?
Donkishot
: Je n’ai toujours pas découvert le hip hop, je ne le cherche pas d’ailleurs, si le hip hop existe qu’il retienne ceci : à poil dans ma salle de bain rouge j’me moque de lui. Les autres disciplines que j’ai pratiquées sont la branlette et la fumette, je continue encore la branlette.

Peux-tu nous retracer tes débuts en tant que MC ? En tant que producteur ?
J’ai commencé à rapper après avoir entendu pour la première fois MC Solaar. A l’époque, la presse s’extasiait, pour eux il faisait de la poésie moderne mais c’était tellement à chier, que je me suis dis : pourquoi pas moi ? Alors j’ai écrit mon premier rap en 1994. Dès 1996, je me suis mis à produire mes propres sons car je ne supportais pas de dépendre de la bonne inspiration de quelqu’un pour rapper sur des sons originaux. J’ai vite compris que l’on était mieux servi par soi même.

Quelles sont tes influences musicales au sens large ?
Tout ce qui atteint mes tympans, les agresse ou les caresse. Mes influences musicales sont si larges, que toutes les citer prendrait trop de place dans cet interview.

En terme de Hip Hop ?
Léo ferré.


Les morceaux qu’on a pu entendre de toi sont des réactions à des choses qui te sont directement arrivées en général. Ne conçois-tu l’écriture que comme un exutoire ?

Ecrire permet de vider ma tête de tout ce qui la parasite, d’oublier durant le laps de temps de la création ce qui me torture. C’est une confession, une expiation, une pénitence, ou comme tu le dis si bien : UN EXUTOIRE!!! L’écriture est à la portée de tout le monde, il suffit de mettre sa pudeur de côté, et de laisser remonter à la surface ce qui est au fond sans auto-censure.

 «Sang toi» est assez difficile d’accès pour la plupart des gens, on pourrait faire la même remarque pour «Lolo» alors que «Restauration rapide» l’est moins. Vas-tu continuer dans cette voie (aussi «barrée») ?
Des trois titres que tu viens de citer, je pense que «Lolo» est le plus accessible. Je continuerai à faire ce que je veux, et même si la voie est barrée, je sauterai par dessus la barrière.

DKS 4La minute «consciente» (rires) : tu as mis en avant les défauts du travail temporaire («Manutention lourde») et de la «Restauration rapide». Doit-on y voir une incitation aux études ?
Je n’ai jamais eu l’intention d’inciter. Par exemple, «Sang toi » n’est pas une incitation au meurtre passionnel, au sadisme, ou pire à la pédophilie, donc «Restauration rapide» et «Manutention lourde» ne sont pas une incitation aux études.

Quel regard portes-tu sur la scène rap française ? T’y retrouves-tu ?
Je porte un regard indifférent, je n’écoute plus de rap français à quelques exceptions près. Si je me retrouvais dans la scène française, ce pays serait un vaste asile psychiatrique. Que ce soit la scène commerciale ou indépendante, 99,99% des pseudo-artistes pompent leurs styles, leurs rimes, leurs concepts, et ne parlons pas des instrus et des clips véritables plagiats au rabais des dernières sorties américaines. Je ne respecte que les précurseurs, les personnages qui ont un univers personnel, le reste ne m’intéresse pas.

Quelles sont les critiques qu’on t’a le plus souvent fait et quelle était ta réponse ?
On m’a souvent dit que j’étais égocentrique, paranoïaque, schizophrène, mythomane, mégalomane et érotomane ; je réponds que ce sont des déformations professionnelles.


Tu es à la fois MC et producteur de tes sons. Pourquoi ne pas faire appel à d’autres ? Comment gères-tu tes deux casquettes ?

Je ne fais pas appel aux autres, je n’aime pas les autres. Trop de problèmes. Je gère mes deux casquettes tout naturellement, l’une après l’autre.

Dans quels styles musicaux vas-tu puiser tes samples ? Tes prods ne ressemblent en rien à ce qui se fait dans le rap français.
Je n’ai pas de styles musicaux précis, je ne me limite pas, je ne me souviens jamais d’où viennent mes samples : est-ce que quelqu’un pourrait me le rappeler ? La SACEM ? La plupart du temps je martyrise tellement mes samples qu’ils terminent marqués à vie.

Certaines prods tirent vers la musique électronique. C’est un style qui t’intéresse ?
Le seul disque de musique électronique que j’ai est «Mathew» de Kool Keith. J’entre en transe quand je l’écoute, c’est ce disque qui m’a donné envie de rajouter du synthé dans certaines de mes prods. Avant je détestais tout ce qui était synthé, mais il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis.

Ce côté «chantonné» vient-il de tes influences musicales ?
Peut-être des séquelles de Léo. Ou pire : parce-que j’ai trop écouté «Première consultation» !


Crois-tu qu’il faille être très technique pour faire son trou dans le rap français ?

Il y a trop de rappeurs techniques en France (rires) .

Que répondrais-tu à ceux qui critiqueraient le fait que tu es parfois «off beat» ?
Ceux qui critiquent le fait que je sois «off beat» peuvent «me sucer la bite». Voila une réponse simple, claire, efficace, et qui rime.

DKS 1Quelles retombées as-tu eu de ton maxi ? Pas de procès au moins ?
Je n’ai eu aucunes retombées de mon maxi, ou plutôt je n’ai jamais pu profiter d’éventuelles retombées puisque les sollicitations ne parvenaient jamais jusqu’à moi. Je n’ai pas eu de procès, le KFC ne va pas perdre de temps avec une infime poussière dans son système léviathan. Et dire que la graphiste n’a pas voulu signer la pochette du maxi de peur d’un procès….

Depuis la sortie du maxi, des gens ont-ils fait appel à toi pour produire des sons ou pour avoir ta voix sur un projet ? Il y a des gens avec qui tu aimerais collaborer ?
J’ai bien dû faire un featuring sous héroïne, mais je ne me souviens plus où… de toute façon je ne collabore qu’avec ma folie.

Il semblerait que tu te sois éloigné du label Colekt’Or sur lequel tu avais signé ton premier maxi. Qu’en est-il ?
Jamais Colekt’or ne m’a fait signer un contrat, jamais la relation «artiste-label» n’a été bien définie. La rupture a été brutale, comme un tendon usé qui pète. Pour comprendre, il n’y a qu’à regarder mon dernier passage à l’émission Grek Frite sur Canal Web. J’étais au bout du sofa, hors champs, n’ayant le micro que lorsque Tekila me posait une question directe, alors que «le patron de Colekt’or» trônait affalé avec le micro en main, répondant à des questions qui m’étaient destinées. Mon article dans le Radikal de Mai 2001 a aussi concouru à mon départ, j’ai été interviewé par le journaliste en présence du «patron de Colekt’or», celui-ci a encore répondu pour moi à pas mal de questions, dont certaines des réponses ont été inclues dans l’article comme étant les miennes ! Bref, ils ont voulu me maquer, mais je suis la pute qui met les macros sur le trottoir.

Il est rare qu’un artiste mette autant de sons en téléchargement libre sur internet. Tu en as eu des retombées? Des connexions se sont-elles créées par ce biais ? Sur Peoplesound (un site anglais), tu vends un CD 8 titres. Ils ont trouvé preneur en dehors de France ?
J’ai mis des titres en téléchargement libre car j’ai une bonne réserve de morceaux, ce CD sur Peoplesound n’est qu’un hors d’oeuvre. J’ai eu plus de retombées avec ces mp3 et ce CD qu’avec mon maxi. Je suis rentré en contact avec toi, Buscémi et Maxwell-Smart un MC/Producteur allemand de talent. J’ai eu aussi des compliments de Japonais amateurs de hip hop ! Je ne sais pas si mon CD a trouvé preneur en dehors de France, mais je sais que des fanatiques ont mes mp3 en dehors des frontières. «Vengeance !!!» et «Sang toi» sont les plus plébiscités et les mieux ressentis par les donkinautes étrangers.

DKS 3Le côté «amateur», «fait dans la chambre», c’est une sorte de marque de fabrique ou c’est seulement par manque de moyen ? Tu nous avais confié avoir voulu réaliser «Restauration rapide» dans ta chambre sans aller en studio au départ…
J’ai toujours été amoureux du son crade ou «lo-fi» comme disent les puristes. Je trouve qu’un son maison à plus de charme, plus d’atmosphère, de caractère qu’un son «papier glacé» de gros studio.
De toute façon ce n’est pas une démarche nouvelle, puisque les groupes garages existaient déjà il y a 30 ans, dont les fameux Stooges d’Iggy Pop. En Jamaïque beaucoup de chanteurs enregistrent leurs duplates dans des conditions précaires, pourtant leurs prouesses vocales font le tour du monde. Rien ne vaut un vieux disque qui grésille de Bob Marley, de John Lee Hooker ou de Miles Davis ; ce genre de disques qui remontent au début de leurs carrières sont maintenant recherchés comme des émeraudes précieuses. Le premier album du Wu-tang sentait bon la 36ème cave.
De plus, je n’aime pas les ambiances studio où il y a des types que tu ne connais pas qui squattent en écoutant tes sons, et des artistes plus connus qui mangent sur ton temps d’enregistrement et de mixage, tu attends des heures à cran que la star ait fini sa merde. Qu’ils aillent se faire foutre, eux, leurs privilégiés et leur Pro-Tools !

En faisant tout chez toi et en mettant à disposition sur internet, tu es totalement indépendant. L’indépendance est-elle un choix ou s’est-elle imposée d’elle même ?
C’est un choix lorsqu’on est paranoaïque comme moi, et que l’on veut tout contrôler. Même si vouloir tout contrôler reste une utopie, je la poursuis.

DKS 2Te verrais-tu évoluer au sein d’une major ?
Je veux bien leurs thunes, mais pas leurs directeurs artistiques, leurs directeurs marketings, leurs graphistes, leurs publicistes, leurs ingénieurs du son, leurs concepteurs musicaux, leurs «oh yes man», leurs pétasses décolorées et décérébrées, leur cocaïne…

Quels sont tes projets ? Tu t’es fait plutôt discret depuis «Restauration rapide» (alors que la presse avait bien relayé sa sortie).
Tout vient à point à qui sait attendre. La vie est une rousse qui fout des roustes aux lièvres. Je serai sur «Projet Chaos II», les mix-tapes «Incendiaire» et «L’amour du risque». Mon nouvel album 8 titres avec un taux featuring à 0% sortira bientôt cette année, le nom de l’album et le label sur lequel il sortira restent encore confidentiels… je te préviendrai en temps voulu. Prochainement sur vos écrans PC ou Mac : donkishot.com. Merci pour cet espace de libre parole, et à plus tard.

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