Interview : Cyanure (ATK) [Académie Hip Hop Français, janvier 2001]

Mercredi 24 janvier – Mac Donald’s avenue Wagram + Studio Canal Web.

Quels ont été tes débuts dans le Hip Hop ?

Necya & Energumènes02Necya : Au début, comme beaucoup de monde, je regardais H.I.P. H.O.P. en 1984 le dimanche à la télé et j’aimais la danse, le break… mais j’étais pas très fort (rires). D’ailleurs, une petite anecdote : en colonie, j’étais en CE1, j’avais gagné la coupe de break. J’avais gagné un paquet de carambars (rires). Ça c’est vraiment mes tous débuts dans le Hip Hop (rires).
Après il y a eu un trou pendant 4 ou 5 ans et vers 12/13 ans, j’ai commencé à tagger à droite à gauche (vu que j’aime bien le dessin) et à m’intéresser au mouvement tag/graff. C’est à la même époque que je suis tombé sur les émissions de radio Nova animées par Lionel D et Dee Nasty (vers 1988-89). Il y avait tous les groupes qui sont aujourd’hui côtés, c’était vraiment terrible : Assassin, NTM, Solaar (mais à l’époque il rappait terriblement bien). Moi de mon côté, j’avais commencé à écrire et deux ans après, j’ai appelé Radio Beur qui avait une émission rap. Je rappe au téléphone, à la fin je voulais faire des dédicaces alors je dis au gars : «Attends je finis !!» et il me raccroche à la gueule (rires). Et après le gars fait «Sans erreur sur Radio Beur, tu es un véritable destructeur» (rires). C’était mes premiers pas dans les médias. Ça m’a mis un peu une claque mais j’ai continué à écrire mes textes…
En 1994-95, j’étais sur un terrain de basket avec un copain (plus petit que moi – rires) et on voit un Renoi et un gars avec des grands bras qui jouaient sur le terrain à côté. Alors on se dit «Ouais, ils jouent moyennement. Viens on va les tester !!» (rires). On y est allé, je ne sais plus qui a gagné mais à la fin on a discuté : c’était Axis (ATK NDLR) et Kesdo (les Refrés NDLR). On a sympathisé. Ils avaient déjà un groupe mais on en a formé un tous les trois qui s’appelait «la Section Lyricale» avec DJ Tacteel qui est arrivé par la suite. On a commencé à faire des enregistrements, des petits concerts, des petits concerts…
Le grand truc c’était en 1995. On avait déjà rencontré Pit Baccardi qui était dans notre lycée. On devait faire un concert à la fête de la jeunesse d’une heure mais on n’avait pas assez de chansons, alors on s’est dit «Allez viens on fait un groupe avec tous les gens qui rappent dans le quartier» (rires). Y avait les «Dealers de mots» (aujourd’hui Ghetto Diplomatz), Loko (le Barillet NDLR), Matt, Pit, Kesdo, Metek (les Refrés NDLR)… On était 21… Y avait pratiquement plus de gens sur scène que dans le public (rires). A partir de ce moment là, on commencé à se faire un nom, le nombre de radios a augmenté.
Quelques temps après, la moitié de l’écurie est partie chez Time Bomb (Ghetto Diplomatz, Pit, Jedi…). Ils ont du se faire engrainer par on ne sait qui…
Men6p [Energumènes] : On dira pas de nom mais c’est une planète (rires).
Necya : Ou alors un héros de bande dessinée (rires)… je sais pas, je crois que c’est des héros de bande dessinée en fait (rires). Là, il y a eu des rumeurs comme quoi notre groupe était mort alors on a décidé de sortir un truc : on a enregistré Microtest en 2 semaines et il est sorti sur vinyl à 350 exemplaires et grâce à ça le buzz a commencé à monter. On est passé dans l’émission de Zoxea, ça s’est super bien passé. C’est l’un des meilleurs freestyles qu’on ait fait. D’ailleurs quand j’écoute les freestyles de 1999, ils sont plus cheums que ceux de 1996… Bref, à la fin de l’émission, on a été voir Zoxea : il avait trouvé ça mortel…
Ensuite, on a eu le plan Nouvelle Donne qui nous avait plus ou moins repérés, ils nous ont branché sur la compile en nous disant de venir avec un gars connu. On a regardé tous nos numéros de téléphone et on s’est retrouvé avec deux gars connus : Zoxea et Kohndo. Kohndo était pris avec la Cliqua alors que Zoxea était libre alors on a décidé de faire le morceau («Attaque à mic armé» NDLR) avec lui. Parallèlement, il y a eu pas mal de plans mix tapes (comme les morceaux sur la Dontcha 3 et 4 qui ont été bien perçus) et des plans plus ou moins foireux comme «Sortie de l’ombre», «Hip Hop Vibes Nouveau chapitre»…
Entre temps, on avait fait la première partie des Rita Mitsouko à l’Olympia, on a fait des trucs à droite à gauche… Bref, l’album «Heptagone» était parti pour bien marcher.

Ça vient d’où Cyanure ? Tu me disais tout à l’heure que tu voulais mettre Thierry (ton prénom) au début…
Kaïl [Energumènes] : C’est à cause de quelques gouttes suffisent non ? (rires).
Cyanure : En fait, c’est quand je cherchais un nom), j’en avais noté plein que je kiffais à l’époque du genre «Killer in the street», que des trucs bien nuls. Et j’avais une bande dessinée de Spirou et Fantasio, «Qui arrêtera Cyanure ?», alors je me suis dit «Tiens, Cyanure ça claque sa race… ou sa mère» (rires). Y a une époque où je m’appelais Docteur Cyanure, une autre où je m’appelais Cyanure T.
Mais avec le temps, Cyanure ça devient un peu plus dur à porter. Tu es dans une soirée entre «gens biens», tu dis «ouais je m’appelle Cyanure», ça passe mal. Avec l’âge, le côté un peu violent, c’est un peu dur à porter, c’est pour ça que j’utilise plus souvent Cyan ou Necya.

Quelle place accordes-tu à l’improvisation ? C’est un truc pas mal délaissé en France…
C : Pour moi c’est indispensable pour être un rappeur complet. Je dis ça sans discriminer personne mais quand tu entends un album avec 18 morceaux avec le même flow et les mêmes textes, où tu peux mélanger les couplets entre les morceaux sans que ça pose de problème, je trouve ça un peu relou. Ok le mec a un flow original, il le maîtrise bien mais mon but c’est d’avoir des styles différents (textes à thème, freestyle, impro), sinon c’est blasant pour toi.

LES MEDIAS.

En terme de vente, ça a donné quoi «Heptagone» ?
Necya : J’ai vu les chiffres, apparemment c’est 20.000. Pour la promo de l’album, on a eu 50 ou 60.000 francs ce qui correspond environ à 3 pages de pub, 5000 stickers, 1000 affiches et 100 T-shirts. C’est pas grand chose par rapport à ce qu’on a vendu : ça a rapporté 1.600.000 francs en chiffre d’affaire à la maison de disque mais malgré ça, ils ont pas relancé. Par exemple, on était premier des ventes à la FNAC des Halles pendant un mois et demi après la sortie de l’album mais pendant les fêtes de noël, il n’y a eu aucun disque d’ATK dans les bacs. Je sais pas si ça vient du distributeur ou de la maison de disque mais le fait est qu’il n’y a pas eu un grand suivi. Pareil pour les médias : on était super contents d’avoir 6 lignes dans l’Affiche alors que quand machin a mal aux dents, on a droit à une double page avec photo et tout. Il faut acheter des pages de pub, des spots publicitaires dans les radios pour être diffusé. On est pas mal passé sur Générations mais pas sur Sky (où on a du faire 2 ou 3 émissions).

C’est bizarre justement que vous n’ayez pas été plus diffusés alors que certains titres de votre album avaient un format radio. C’est vraiment, «si tu viens pas de telle ou telle écurie on te passe pas»…
Necya : Si tu prends pas de spot de pub sur une radio, ils ont aucune raison de passer un gars qui n’est pas confirmé. Regarde, le Saïan au début. Sky refusait de les passer, ils les boycottaient… ils peuvent pas dire qu’ils ne les connaissaient pas puisque certains leur faisaient des spots de pub. Ils leur disaient que ça marcherait jamais. Ça a quand même marché… Et dès lors que tu marches, tout le monde te suce.
Kaïl : Tu t’es fais sucé ? (rires).

Tu te sens boycotté par les médias ?
Necya : C’est pas moi en tant que Cyanure qui suis boycotté par les médias rap français, c’est un boycott des petits groupes en général. Personne ne veut pas prendre de risque à matraquer un morceau si y a pas une clique derrière ou un achat de pub comme je te disais tout à l’heure. Maintenant pour vendre beaucoup, il faut passer sur Sky qui fonctionne sur cette logique donc… ou alors il faut faire des tournées, mais c’est pas évident à mettre en place.

MIX TAPES & COMPILATIONS.

Vous êtes invités sur énormément de mix-tapes mais on ne vous voit presque jamais sur les compiles ou en featuring sur des albums. A quoi c’est dû ?
Necya : Au début, on était toujours super contents de poser sur des mix tapes parce qu’on pensait que les gars nous aimaient bien. Mais maintenant, c’est plus pareil. T’en as marre. J’ai entendu un mec une fois qui disait qu’il faisait sa mix tape pour faire de la thune… moi ça me donne plus envie de poser sur tape.

Mais pour les compiles… Y a un truc qui m’énerve : regarde les grosses machines comme Première Classe où y a des inconnus qui posent parce que ce sont les potes de machin ou de machin… ça ne marche plus au talent mais au copinage.
Necya : En même temps, les mecs qui font ces compiles, ça leur fait plaisir d’inviter leurs potes… On aurait bien aimé être sur ce genre de plans mais on n’en a pas eu l’opportunité. Mais c’est clair que ça marche au copinage.

Justement, d’autres groupes qu’on a interviewé étaient plutôt «contents» de ce copinage…
Necya : Le problème, c’est que les gens qu’on connaît bien ne sont pas des Grands du Hip Hop, donc c’est un peu d’entraide mais bon… Il y a failli avoir un Akhénaton qui nous avait promis qu’on serait sur la BO de «Comme un aimant» et en featuring sur son album mais on n’a plus de nouvelles…

ATK.

Les gens ne situent plus très bien ce qu’est ATK actuellement, surtout après les départs de Fréko et d’Antilop… Tu peux faire le point sur la situation du groupe ?
Necya : Il n’y aura aucun projet ATK d’ici 2 ans, si y en a un. Axis relance le site Prestige, il produit 2 sons sur le maxi de Diksa de TPS et pose en featuring dessus, Fredy K maquette son album solo et a reformé un groupe (LHF), Antilop a sorti son maxi chez Nouvelle Donne et prépare son album, Test a sorti «Testosterost» avec Rost et prépare un album solo, Tacteel continue à produire, l’album de Fréko est terminé…

Quelle est la signification d’ATK ?
Necya : En fait, à l’époque on avait un morceau avec Pit avec un sample un peu chelou. On se disait que personne n’allait aimer alors on a eu l’idée de mettre très bas en fond du morceau «Avoue que tu kiffes, avoue que tu kiffes…». Quand est venu le grand concert avec tout le monde, il nous fallait un nom de posse et on a pris ATK (avoue que tu kiffes) mais après la définition, on n’a plus trop calculé… c’était ATK.

Dans ATK, y a 3 sous groupes aux styles très différents : Apocalypse (Antilop & Axis) avec des textes mélancoliques, Maximum 2 Phases (Fredy K & Test) plus freestyle, festif et Légadulabo (Necya & Fréko)… bah, c’est Légadulabo (rires)… un style plus difficile à définir.
Necya : Sur Heptagone, y a «Tuer ou mourir» qui est un texte à thème, «L’affaire hot dog» qui est plus un délire et nos autres apparitions qui sont plus freestyle… ça c’est parce que Fréko est un rappeur complet et que moi aussi j’essaie d’être le plus complet possible. C’est pour ne pas lasser et pour ne pas me lasser.

Comment se sont passés ces regroupements par duo ?
Necya : ça s’est fait naturellement quand tout le monde s’est sauvé. En fait, la première fois que j’ai vu Fréko (il portait un duffle coat vert, il avait une tête de petit chanteur à la croix de bois), c’était pendant une répétition d’ATK. Ça a été le dernier à intégrer le groupe. Quand j’ai vu sa dégaine, je plaçais pas trop d’espoir en lui mais en 3 secondes il a mis tout le monde à l’amende et là je me suis dit que je kifferais être avec un gars comme lui. Donc quand tout le monde est parti et qu’on s’est retrouvé à 7, vu qu’on s’appréciait mutuellement d’un point de vue humain et artistique, c’était normal qu’on reste ensemble.

D’où ça vient Légadulabo ?
Necya : Dans Columbo, il y avait un truc qui m’intriguait. On entendait toujours «on va appeler les gars du labo» et on les voyait jamais (rires). Et on voulait pas avoir un nom classique, à l’américaine…

Dans l’ensemble, la plupart des morceaux d’ATK sont plutôt mélancoliques… A quoi est-ce dû ?
Necya : Au départ, c’est Axis qui faisait tous les instrus et comme il fait plutôt bien les boucles de piano, on a été orienté vers ce type de morceau. C’est peut être un tort qu’on a eu…

Peux-tu nous éclairer sur les départs de Fréko ?
Necya : Fréko est parti parce qu’il était vraiment en galère et voulait faire son album solo. Il ne voulait pas quitter ATK, il voulait que ça bouge à une époque où personne ne misait de thunes sur nous. Certains du groupe ne voulaient pas qu’il en fasse un au sein d’ATK parce qu’on avait parlé de faire un 2ème album du groupe avant d’entamer des solos donc il est parti. En plus, des maisons de disque étaient chaudes pour prendre Légadulabo ce qui n’a pas améliorer l’ambiance…

Tu peux nous éclairer sur le départ d’Antilop ?
Necya : Je crois qu’il vaudrait mieux lui demander directement à lui…

Dans «The Trust», j’ai lu que Night & Day voulait ressortir «Microtest» sur CD…

Necya : On a refusé. Comme on l’avait sorti à la va vite, juste pour prouver qu’on n’était pas mort, on n’a pas voulu qu’il ressorte.

Je me souviens que vous avez fait la B.O. d’un téléfilm que M6 avait diffusé… Tu peux m’en parler ?
Necya : le téléfilm s’appelait « Le choix d’Elodie ». Il faisait partie d’un cycle de téléfilms diffusés le Mercredi sur M6 et intitulés « Combats de femmes ». Celui là en l’occurence raconte l’histoire d’une nana qui doit se faire avorter et qui est trop jeune. Ca c’est fait je ne sais pas trop comment en fait (peut-être une relation de notre manager). On y entend un peu « Heptagone » je crois, un peu « Sortis de l’ombre » et un peu « J’Fuck ». A la fin on y a fait un morceau inédit avec des scratches de Tacteel. Les gars de la prod avait kiffé ma partie car ils avaient eu les textes avant mais au final, après avoir fait deux enregistrements une version longue et une courte (sans moi), ils ont pris la version courte juste parce qu’elle était plus courte. Mon « absence » s’est décidée un peu au hasard et aussi parce que je ne voulais pas jouer les relous. Je savais d’avance que c’était la version courte qui allait être choisie et j’aurais pu dire « Ouais les gars m’ont bien kiffé donc moi je pose » mais j’ai plus vu ça comme un plan pour le groupe et je n’ai pas cherché la petite bête… Ce qui est marrant, c’est qu’à la fin du film il y a notre logo et que si tu regardes bien au second plan (dans le gymnase, au bois,…) tu nous vois en train de faire n’importe quoi.

LE RAP FRANÇAIS.

Que penses-tu du public rap français ? Tu penses qu’il y a deux publics : un underground et un « grand public» ?
Necya : Les soirées ça m’a saoulé… Je m’éloigne de plus en plus du milieu Hip Hop à cause de toutes ces expressions qui me saoulent, de tous ces gars qui se la racontent alors qu’ils savent pas rapper, de tous ces gars qui gazent parce qu’ils ont de grosses avances…
Par rapport à Skyrock et toute la médiatisation, je pense qu’il y a une certaine hypocrisie. Quand j’ai commencé à écouter du rap français, à l’époque de Lionel D, on rêvait tous qu’il y ait un bac rap français à la FNAC… mais ce qui se passe, c’est le revers de la médaille. C’est normal qu’il se passe ce qui se passe pour qu’il y en ait qui en vivent. Y a un moment, où tu t’en fous un peu de ton public d’origine… Tu fais ce que tu veux, le public aime ou n’aime pas.

Necya_ Energumènes_ Kapso & Bax - ImproEt que penses-tu du paysage rap actuel ?
Necya : Y a beaucoup de choses que j’aime pas… En fait, tout ce qu’on appelle «rap de rue» je kiffe pas trop. J’aime bien le Saïan, j’ai un profond respect pour eux parce qu’on a beau dire que c’est du rap fun, facile, ils ont toujours rappé comme ça et donc qu’ils réussissent c’est mérité, ils ont pas changé. Après t’as des mecs qui ont réussi, comme Passi, qui sont pas des exemples… Ils se comportent mal, ils envoient chier les gens…
En ce qui concerne le rap de caillera… que les mecs rappent comme des cailleras parce que ce sont des cailleras, très bien. J’aime pas trop donc j’écoute pas trop. Mais ce que je n’aime pas, c’est tout le mouvement qu’il y a autour : les mecs se ghettoïsent tout seul, ils se kiffent entre eux, ils ne s’ouvrent pas à autre chose. En plus, ça touche un grand public, ce qui n’est pas très positif.

Aujourd’hui la tendance est à cette forme de rap, basé autour d’histoire de cité… L’humour est complètement délaissé…
Necya : C’est super dommage. Mais ce côté humoristique, des groupes comme le Saïan ou TTC l’apportent. Aujourd’hui, c’est un esprit «je rappe pour moi».

Que penses-tu des rapports avec les majors ?
Necya : J’ai fait 10 mois de stage chez Zomba / Jive donc j’ai vu ça de l’intérieur. Eux, par exemple, viennent de s’implanter en France donc ils ont pas trop d’argent et ils ont un quota de signatures… Sinon, en général, pour avoir un directeur artistique au bout du fil, c’est la galère. Mais bon, tout dépend de sous quelle forme tu veux signer : en distribution, ils ne touchent pas à ton produit, en licence non plus… mais c’est différent si tu es signé en tant qu’artiste.

Et ton avis sur les autoprods ?
Necya : Y en a, comme Assassin ou Logilo, qui ont l’air de très bien se débrouiller… Mais l’autoprod’ ne reste qu’une carte de visite. Tu galères pour être distribué. Espérer un disque d’or en autoprod’, c’est utopique.

L’ALBUM DE FREKO.

Parle nous un peu de l’album de Fréko… Tu interviens dessus ?
Necya : L’album est terminé, on démarche les maisons de disque actuellement. Il s’appellera «Ils disent que c’est grave» qui est aussi le titre d’une des chansons de l’album. Y aura 5 morceaux de Légadulabo. C’est un album qui n’est plus vraiment du Hip Hop tout en étant toujours du Hip Hop. Il n’en a rien à foutre, donc par extension, on n’en a rien à foutre de la tendance «wesh, la cité etc»… Y a des délires dans le genre de «L’affaire hot dog» (l’affaire du hold up dans le frigo – rires). A l’époque où il a voulu faire son album solo au sein d’ATK, j’ai pas mis mon veto parce que je pensais que c’était l’artiste le plus complet, celui qui avait l’identité la plus forte. En plus, quand tu vois comment il rappe et quand tu vois son look, y a un décalage qui renforce le personnage.

Beaucoup de gens croient que c’est un renoi…
Necya : J’ai une anecdote d’ailleurs là dessus. C’était à l’époque de «Microtest», on avait rencontré un danseur, un renoi à la gare, qui était venu nous voir en disant «il paraît que vous rappez, faites voir, moi aussi je péra». Le mec péra… hum… un texte d’un autre gars. «Ouah t’es trop fort toi» (rires). On a commencé à rapper et en fait, il s’avérait que le mec kiffait ce qu’on faisait mais il croyait qu’on était des renois. Il ne nous avait testé que parce qu’on était blancs.

Qui s’est occupé des prods sur l’album de Fréko ?
Necya : Y a Rheezo qui en a fait pas mal, y a Drixxé de Triptik, un gars qui s’appelle Liasse (?) et y aura peut être un son d’Axis.

Il y a eu une première version de cet album non ?
Necya : Oui… mais les bandes ont été volées dans le studio des Sages Po’… Tout était saccagé…

INTERNET.

Tu as quel souvenir de ton passage sur le site de Prestige ?
Necya : J’en ai un bon souvenir même si ça me met mal à l’aise qu’on me pose des questions comme si j’étais quelqu’un de super connu…. Je me souviens particulièrement d’une fille qui vivait dans un foyer qui nous avait dit : «ATK, vous avez rythmé la vie de mon foyer, grâce à vous je m’en suis un peu sorti». Un truc comme ça, ça nous a grave touché. Je suis toujours surpris par l’impact que peut avoir une phrase que tu as écrite chez toi comme ça…

D’ailleurs «20 ans» est un morceau qui a grave touché les gens…
Necya : Apparemment… A l’époque y avait des radios qui étaient intéressées. C’est un morceau de 5 minutes super conceptuel : le premier couplet, je l’avais écrit à 19 ans donc 19 mesures, le 2ème je l’ai écrit le jour de mes 20 ans donc 20 mesures et le 3ème, 24 mesures avec à chaque fois un refrain différent. Jamais j’aurais voulu le couper donc ça s’est pas fait.

Tu utilises régulièrement internet ? Pour faire quoi ?
Necya : Déjà, pour les sites sexuels qui me grillent pas mal mon forfait (rires). Non sérieusement, pas mal de sites de graffs, surtout les sites sur Mode 2 dont je suis un grand fan. Au niveau Hip Hop, il va y avoir beaucoup de progrès à faire… Je t’en parle mais bon, je ne serais pas capable de le faire…

Ta position sur le mp3 et napster ?
Necya : En tant qu’artiste, je suis complètement pour. Quand je vois que notre album était vendu à 130 balles, j’encourage ceux qui n’ont pas les moyens à le graver… même si j’ai bien sur envie d’en vendre beaucoup. Mais c’est vrai que le téléchargement payant serait l’idéal, comme ça les intermédiaires ne se sucreraient pas sur le dos des artistes…

Un grand grand grand merci à Necya pour le temps qu’il nous a accordé, sa patience face aux inepties des deux Energumènes et surtout pour la fantastique impro de plus de 5 minutes dans les couloirs du métro sur l’instru de «1918» d’Octobre Rouge.

Dédicasse

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